«Nous voulons montrer qu’on ne reste pas les bras croisés»

jeudi, 20.10.2016

Noomoon. Le fabricant de bracelets de montres Brasport à La Chaux-de-Fonds lance une marque qui cible l’Apple Watch.

Interview: Johan Friedli

David Vanhouteghem, directeur de Noomoon et Alain Dubois, CEO de Brasport.

L’entreprise Brasport fabrique des bracelets de montres depuis 70 ans à La Chaux-de-Fonds. Mais la volonté d’innover et d’entrer de plein pied dans l’industrie 4.0 est bien présente. Le groupe lance une nouvelle marque propre: Noomoon, des bracelets destinés à l’Apple Watch. Ce qui représente plusieurs défis en un seul produit pour Brasport. Tout d’abord parce que le traditionnel cuir est remplacé par du caoutchouc de haute qualité (fluoroélastomère). Mais surtout car il s’agit d’un important virage B2C pour un groupe qui est presque uniquement B2B. L’innovation? Un nouveau système de fermeture qui a été breveté.

Il ne s’agit pas du premier pas de Brasport vers une diversification. Le groupe s’est transformé en holding avec le temps (lire ci-dessous). Mais à l’exception d’une marque de maroquinerie, la grande majorité de son activité consiste, à l’heure actuelle, en de la sous-traitance. L’Agefi a rencontré Alain Dubois, CEO de Brasport, et David Vanhouteghem, directeur de Noomoon, dans leur quartier général en ville de La Chaux-de-Fonds. Pour en apprendre plus sur les objectifs et les ambitions du groupe en particulier à travers cette nouvelle initiative.

Quel est votre but avec le lancement de la marque Noomoon?

Alain Dubois. J’ai toujours le souvenir d’une période où Brasport était très dépendant d’un client. Le jour où ce dernier a décidé d’internaliser sa production de bracelets, le choc a été brutal. Je veux éviter de revivre une telle situation et la diversification est la meilleure réponse. Nous sommes aussi actifs dans la maroquinerie et le service après-vente. La plupart du temps en tant que sous-traitants mais nous avons désormais cinq marques. Dont DLC, notre nouvelle usine à Dongguan en Chine, qui se charge principalement du marché des montres connectées et des accessoires pour smartphones. Noomoon est une nouvelle étape dans ce processus. Si on se concentre uniquement sur la sous-traitance, il y a le risque de disparaitre.

David Vanhouteghem. Il y a l’envie de montrer que nous sommes en train d’innover, qu’on ne reste pas les bras croisés en Suisse. On a la chance d’avoir une image hors du commun dans le monde, ne la gâchons pas. L’idée était d’amener quelque chose de nouveau sur le marché.

Alors qu’est-ce que votre bracelet pour Apple Watch a de plus que les autres?

D.V. Nous avons créé un nouveau système de fermeture pour notre bracelet The Labb. Plus de boucle ni de passant! Mais il était important de ne pas perdre en résistance et qu’il soit facile à manier. L’utilisateur doit pouvoir avoir confiance en son bracelet. Nous avons déjà breveté notre système de fermeture. Pour rester dans le haut de gamme, nous utilisons un caoutchouc de grande qualité (ndlr: environ 120 francs/kilogramme) qui est swiss made. Sa production a lieu en Suisse et l’injection se fait ici à La Chaux-de-Fonds. Puis l’assemblage et le packaging sur nos sites en Chine.

Tout cela représente-t-il un long processus de recherche et développement?

A.D. Le holding a investi près d’un million de francs dans le projet, dont 250.000 pour le centre R&D et 150.000 pour l’identité. Il a fallu beaucoup de tests pour arriver à ce résultat de nombreux employés de Brasport se sont concentrés sur Noomoon. Mais ça peut profiter à l’entier du groupe à long terme.

D.V. Le développement a principalement eu lieu ici mais les bracelets ont fait des aller-retours entre nos laboratoires en Asie et La Chaux-de-Fonds. En particulier pour tester leur résistance dans un maximum de situations.

Quels sont vos objectifs avec Noomoon?

A.D. Nous avons pour but de vendre 25.000 pièces en 2017, soit environ 2 millions de chiffre d’affaires. Mais il s’agit d’un test à grande échelle et nous pourrons nous adapter au marché. En cas de succès majeur, la marque pourrait devenir une entreprise à part entière. Il y a beaucoup d’autres projets dans nos tiroirs!

Vous allez lancer une campagne Kickstarter le 15 novembre. Qu’est-ce que vous en attendez?

D.V. C’est un formidable outil pour avoir un retour très rapide du grand public. Cela nous donne accès à une communauté déjà existante pour réaliser une étude de marché. De la même manière que commencer par l’Apple Watch nous ouvre à un large public déjà fidélisé. Kickstarter pourra aussi nous donner des retours sur les choix de couleurs, les consommateurs potentiels, etc. La base de données est une des principales richesse d’une entreprise.

A.D. Mais quel que soit le succès de la campagne, on se lance!

La montre connectée a surtout du succès aux Etats-Unis et en Asie. C’est aussi une opportunité pour réduire l’impact du marché morose en Suisse?

A.D. C’est certain qu’il y a une grande dissonance avec le marché suisse. Si on prend Hong Kong, c’est l’euphorie totale en ce moment avec les nouveaux marchés. Il y a eu un changement d’attitude des consommateurs que les Suisses n’ont peut-être pas vu venir assez vite. Acquérir de nouvelles parts de marché coûte une fortune ici. Un argument en plus pour la diversification. Mais nous restons attachés à nos racines.

Proche d’un chiffre d’affaires annuel de 50 millions

Le holding Brasport n’a cessé d’élargir son horizon depuis 1946. Alain Dubois (CEO depuis 2000) est la troisième génération de la famille à sa tête. Il nous a indiqué hier que le groupe se rapprochait d’un chiffre d’affaires annuel de 50 millions de francs. En 2013, il se donnait l’objectif d’y arriver en 5 ans (lire L’Agefi du 24 juin 2013). L’entreprise réalise toujours la majorité de son chiffre d’affaires en Suisse mais avec la volonté d’atteindre 50% de revenus à l’étranger. Brasport emploie 1000 personnes dans le monde dont 50 sur son site de La Chaux-de-Fonds. Première délocalisation sur l’Ile Maurice déjà en 1986. Suivi par une usine en Chine dès 1989.

Brasport dispose aujourd’hui d’un site au Portugal, de deux en Chine et d’un en Thaïlande. Moins de 1% de la production est effectuée en Suisse. L’infrastructure est destinée aux dépannages. Mais la recherche et le développement se font principalement à La Chaux-de-Fonds. Le holding s’est développé dans le service après-vente, en tant que sous-traitant pour ses clients. Une des premières étapes de Brasport dans le B2C: la création de sa marque de maroquinerie Noleti. Elle a été créée en 2011 et cible le marché suisse. – (JF)

Lien du site: noomoon.ch et brasport.ch


 

 
 



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