L’autre politique industrielle

jeudi, 20.10.2016

François Schaller

Jusque dans les années 1990, le Département fédéral de l’Economie passait pour être, et de loin, le plus important. N’était-il pas dirigé en quasi-permanence par un conseiller fédéral… radical et zurichois? Une autre époque. Aujourd’hui, ce ministère passe pour être à peu près aussi froid que la Défense. Faut-il en conclure que la Suisse a cessé d’avoir une politique industrielle? Ou une «vraie» politique industrielle? Certainement pas.

Lorsque le très mesuré Jean-Pascal Bobst déclare dans le grand entretien que nous publions aujourd’hui qu’il est essentiel d’avoir une stratégie industrielle en Suisse, il ne dit pas qu’il n’y a rien. Il entend simplement qu’il ne faut pas baisser la garde. Ou qu’il faut encore en faire davantage dans certains domaines. C’est assez différent.

Jusque dans les années 1990, le département s’appelait «de l’Economie publique». Un terme renvoyant certainement aux énormes efforts de rattrapage du XIXe siècle, trois guerres en Europe depuis 1870, puis la Guerre froide. Le département s’intitule maintenant «de l’Economie, de la Formation et de la Recherche». Un bon condensé sémantique de politique industrielle.

Cette approche n’a guère évolué depuis l’avant-dernière décennie. Il s’agit toujours d’améliorer les fameuses «conditions cadres» donnant envie de développer ici des activités d’avenir malgré les coûts, l’exiguïté, la complexité du marché intérieur. Le résultat est plutôt enviable à l’échelle du monde développé.

Ces vingt dernières années, l’industrie s’est beaucoup transformée, mais les emplois du secondaire sont restés stables (20% environ). Des Etats très fiers de leur politique industrielle beaucoup plus ambitieuse, agressive et coûteuse ne peuvent pas en dire autant.

L’objectif général et implicite de rééquilibrage des balances commerciales dans le monde, passant forcément par des aides publiques et des pratiques larvées de dumping, va probablement rendre la tâche encore moins aisée ces prochaines années. Il y aura peut-être des ajustements à faire dans la politique industrielle. Il sera même difficile de ne pas céder à la tentation de financer publiquement, d’«acheter» le maintien de certaines positions sur les marchés d’exportation. Il faudra surtout temporiser avant de prendre le risque de changer complètement de stratégie.n


 

 
 

 
 

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