Le compte courant jeu des flux

mercredi, 19.10.2016

L’Union européenne a le compte le plus excédentaire du monde, suivi par la Chine. Les Etats-Unis et l’Angleterre sont bon derniers.

Marie Owens Thomsen*

Le compte courant est une partie de la balance des paiements, l’autre étant le compte de capital. La balance des paiements est l’endroit où sont enregistrées les transactions entre un pays et ses partenaires étrangers, comprenant les échanges des biens, services, transferts et investissement.

Comme le nom l’indique, la balance des paiements est toujours en équilibre et un flux rentrant ou sortant a toujours son flux miroir dans le sens opposé. Ainsi, un pays qui a un surplus sur son compte courant, aura automatiquement un déficit sur le compte de capital pour obtenir l’équilibre sur sa balance des paiements.

Une autre manière de conceptualiser la chose serait de dire qu’un pays ayant un excédent sur le compte courant est un pays qui «gagne» plus d’argent que ce dont il en consomme. Le «surplus» d’argent est du coup mis à disposition pour d’autres pays, engendrant le déficit sur le compte de capital.

En somme, quand on exporte beaucoup en net, on devient également exportateur en net de capital. A l’inverse, quand on importe plus que l’on exporte, il faut également importer du capital pour financer cette «surconsommation» et un tel pays aura en conséquence un déficit sur le compte courant et un excédent sur le compte de capital.

L’essentiel des flux sur le compte courant concerne donc le commerce international en biens et services. Dans l’hypothèse qu’il n’y aurait pas de flux indépendants financiers, ce serait ces flux commerciaux qui domineraient, et qui détermineraient la direction d’évolution de la devise du pays.

De cette manière, le compte courant constitue le flux «fondamental» dans la devise en question. Pour faire déprécier une devise dont le flux fondamental est très positif, il faudrait bien sûr que les flux financiers soient plus importants dans l’autre sens, sinon le biais à l’appréciation de la monnaie serait maintenu.

Le compte courant est le plus souvent publié en pourcent du PIB (Produit Intérieur Brut).

Ainsi, le compte courant d’un pays qui a un PIB important paraîtra plus petit par rapport à un pays doté d’un PIB moindre.

Il est donc important de ne pas seulement regarder le ratio compte courant-sur-PIB mais d’examiner également le niveau absolu des comptes courants. Pour pouvoir les comparer, la norme est de convertir les comptes courants en dollars.

Cela entraîne un effet de taux de change pour certains. Une variation d’une année à l’autre peut trouver son origine dans la fluctuation de la monnaie, et non pas forcement témoigner d’une perte ou un gain de compétitivité commerciale.  

Néanmoins, regardons alors ces comptes courants, et commençons avec les pays les plus déficitaires. Les Etats-Unis avait un déficit sur le compte courant de USD 484 milliards en 2015 (CIA World Factbook) - le plus énorme de la planète.

Le numéro deux est l’Angleterre qui enregistrait un déficit de USD 124 milliards la même année, toujours très important mais presque quatre fois plus petit que celui des Etats-Unis. Le troisième déficit le plus gros est celui du Brésil qui a son tours n’est que la moitié de celui des Anglais.

A l’autre bout du spectre, c’est l’Union européenne qui a le compte courant le plus excédentaire du monde, à USD 352 milliards, suivi par la Chine à USD 293 milliards et l’Allemagne à USD 285 milliards. Converti en ratio sur PIB, la taille absolu est masquée côté US, et exagérée côté Allemand. En ratio du PIB on trouve les Etats-Unis à -2.6% (second trimestre 2016), et l’Allemagne à +9%, tandis qu’en US dollars le déficit américain est 40% plus gros que le surplus allemand. L’Angleterre se trouve par contre dans la regrettable position d’afficher des montants importants sur les deux définitions, en absolu et en pourcent du PIB, car leur déficit du compte courant (le deuxième plus gros au monde) a atteint un plus bas historique depuis 1955 en juin 2016 à -5.7%.

La conclusion pour les devises est importante. La livre sterling à un biais fort à la dépréciation, et le dollar américain également mais moindre car son PIB est plus important. L’euro, par contre, à un biais à l’appréciation considérable, tiré principalement par l’Allemagne.

Le yuan chinois affiche le même biais à l’appréciation, mais moins qu’auparavant car tout en restant important, leur surplus est en baisse depuis 2007 quand il se situait à 10% du PIB et en dollars américains le compte courant chinois a marqué son plus haut en 2008.

La pression sur le livre sterling n’est donc en toute probabilité pas arrivée à sa fin, et le potentiel à la hausse du dollar américain restera limité par ces faits. De la même manière, il faut se rendre compte que l’euro est fondamentalement parlant plus fort que l’on a tendance à penser, et que le yuan chinois n’est pas obligatoirement surévalué. Toute stratégie d’investissement se doit de prendre cela en compte, en tout cas en adaptant le montant que l’on met à risque si la stratégie va à l’encontre du flux fondamental.

* Chief Economist Indosuez Wealth Management


 

 
 



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