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Pas vraiment d’alternatives à Davos pour le forum mondial

mardi, 18.10.2016

WEF. La direction croit dans la compétitivité de la Suisse Malgré le choix de San Francisco pour le Centre Industrie 40

Interview: Philipe D. Monnier

A la fin du mois de septembre, le World Economic Forum à Genève-Cologny (WEF) publiait son classement des économies les plus compétitives. Soulagement: pour la huitième fois consécutive, la Suisse figurait au premier rang. Deux semaines plus tard, le même Forum communiquait que c’était à San Francisco que serait créé son «Centre pour la quatrième révolution industrielle». Pour faire le point sur la compétitivité de la Suisse et le développement du Forum, L’Agefi a pris rendez-vous avec Alois Zwinggi, managing director et responsable des opérations et des ressources, de cette fondation.  Avant de prendre ses fonctions au World Economic Forum, ce Lucernois a été longtemps cadre supérieur dans le groupe Holcim. Siège suisse, ainsi qu’au Pakistan, au Mexique et au Venezuela.   

Que pensez-vous de l’attractivité de la Suisse et de Genève pour des organisations internationales comme le World Economic Forum?

Pour des organisations internationales comme la nôtre, la Suisse reste très attractive mise à part la question du franc. En plus, nous recevons un soutien hautement apprécié du gouvernement fédéral ainsi que des Conseils d’Etat genevois et grisons: ils assurent par exemple la sécurité de notre événement phare à Davos et ils facilitent l’obtention de visas pour les participants à cet événement.  

Songez-vous à des alternatives à Davos?

Pas vraiment. La Suisse est neutre et sûre et ce sont là des avantages  de taille. Davos est un lieu idéal car relativement proche de l’aéroport de Zurich tout en étant suffisamment reculé pour créer «l’esprit de Davos». C’est-à-dire une atmosphère de collaboration et de collégialité. Si nous devions changer de lieu, nous penserions peut-être à la région bâloise ou à Montreux. A l’étranger, au Canada voire à Singapour.  

Plus généralement, que pensez-vous de l’attractivité de la Suisse pour les multinationales?

Pendant la dernière décennie, force est de constater que cette attractivité a un peu baissé. La Suisse est devenue moins prévisible. Je pense par exemple aux conséquences du vote contre l’immigration de masse, aux réformes fiscales et au taux de change. Par conséquent, la Suisse a attiré moins de grandes sociétés étrangères que dans le passé; en plus, nous avons aussi observé quelques départs de grandes sociétés. Néanmoins, la Suisse reste une nation très compétitive qui occupe depuis plusieurs années la première place dans notre classement mondial des pays les plus performants. Les points forts de la Suisse restent l’excellence des infrastructures, la qualité du cadre légal, le haut de degré de transparence, l’absence de corruption ainsi que le tissu de PME très performantes, y compris à l’international.

Le World Economic Forum considère que la 4ème révolution industrielle (Industrie 4.0) est une priorité absolue. La Suisse devrait-elle être plus active dans ce domaine?   

En effet, nous sommes sûr que cette quatrième révolution industrielle va bouleverser les entreprises, les gouvernements et la société en général et cela à une vitesse sans commune mesure avec les révolutions précédentes. La Suisse est déjà très bien positionnée notamment grâce à ses universités et écoles polytechniques et leur recherche focalisée sur des domaines comme l’intelligence artificielle ou les technologies de la numérisation. En plus, la qualité de la formation pratique (HES et apprentissage) joue un rôle positif. Ce qui pourrait être mis en place plus activement par les pouvoirs législatifs ou exécutifs, tant au niveau fédéral que local, c’est un cadre légal pour des entreprises du type Uber ou Airbnb. Mais je comprends aussi que la priorité est accaparée par la sauvegarde des bilatérales ou les défis de l’AVS. Finalement, je pense que par exemple les banques suisses doivent s’attendre à des bouleversements majeurs générés par l’intelligence artificielle et les blockchains.   

Que pensez-vous des fonds étatiques de soutien à l’industrie, notamment de celui du canton de Vaud?

Il me semble que cela fait du sens pour autant que ces fonds se focalisent sur le soutien à l’innovation et à l’amélioration des compétences. En plus, je constate que la taille du fonds vaudois est réduite, sans commune mesure avec les soutiens étatiques accordés dans d’autres pays comme la Chine, par exemple.

Plus généralement, pensez-vous que la Suisse devrait améliorer d’autres éléments en priorité?

Il me semble que la Suisse devrait réduire sa bureaucratie, par exemple lors de la création de nouvelles sociétés. Un autre point important à améliorer est le financement des jeunes pousses, notamment par le biais du capital risque.

Que pensez-vous des agences étatiques de promotion économique en charge d’attirer des investissements étrangers?

En prenant le cas de la Suisse, je trouve que Swissnex avec ses antennes à l’étranger joue un rôle très important pour faire connaître la Suisse comme un nation de haute technologie car cela attire des sociétés étrangères à haute valeur ajoutée. En outre, je constate que certaines agences de développement économique de cantons comme les Grisons attirent des investisseurs étrangers intéressants, en l’occurrence en œuvrant de concert avec la promotion économique zurichoise.

Comment résumeriez-vous l’évolution du World Economic Forum ces dix dernières années?

Traditionnellement, le Forum a été un organisateur d’événements. A cela, nous avons ajouté deux piliers: la gestion de communautés d’intérêt puis la création de contenu. Cela a généré une forte croissance du nombre d’employés et nous sommes maintenant plus de 600 personnes représentant une soixantaine de nationalités. Parmi ces employés, environ 500 sont basés à Genève, le reste étant aux Etats-Unis, à Beijing et à Tokyo. En tablant sur nos trois piliers, nous cherchons à offrir une valeur ajoutée maximale à quatre cibles: les entreprises, les gouvernements, les universités et la société civile. Finalement, nous ciblons également des représentants des jeunes générations, en l’occurrence avec les Young Global Leaders and les Global Shapers.

Qui sont vos principaux concurrents?

Nous en avons beaucoup et c’est tant mieux. Ces concurrents sont principalement spécialisés dans un seul pilier. C’est par exemple le cas de la NZZ qui organise le Swiss Economic Forum qui se tient annuellement à Interlaken.

Pourquoi est-ce que la rotation des employés du World Economic Forum est si élevée?

Cette forte rotation est assez caractéristique des entreprises de services comme les consultants en management ou les bureaux d’avocats. D’autre part, l’intensité de notre travail ne convient pas à tout le monde sur le long terme. De plus, la moyenne d’âge de nos employés est de 33 ans c’est-à-dire qu’une bonne partie d’entre eux rejoignent l’organisation au début de leur carrière et entreprennent d’autres voies par la suite. Enfin, 20% de nos employés suivent le «Global Leadership Fellows Programme» et, par définition, leur engagement est limité à deux ans.

Quels sont les grands projets du World Economic Forum?

Nous ne pouvons pas continuer notre croissance rapide en termes d’employés mais nous voulons continuer à augmenter  notre impact. Pour cela, nous mettons à disposition notre plateforme – c’est-à-dire notre réseau, notre infrastructure et notre technologie – à d’autres organisations pour la mise sur pied de projets importants. Dans ces cas de figure, nous assurons l’administration des projets mais seulement dans une phase initiale; par la suite, ces projets doivent s’externaliser. Dans ce contexte, notre action est grandement facilitée depuis deux ans car nous avons obtenu de la Confédération un «accord de siège»; autrement dit, comme nous ne sommes plus une simple fondation privée, il est beaucoup plus aisé pour les gouvernements étrangers ou les organisations gouvernementales comme les Nations Unies d’être partie prenante de ces projets.  

Avez-vous des exemples de projets?   

Un exemple est le projet Grow Africa qui traite de sécurité alimentaire en Afrique. Ce projet a déjà été externalisé. Un exemple de projet en cours est le Tropical Forest Alliance 2020.

D’autres initiatives clés pour le futur?

D’une part, comme récemment annoncé, il y a la création du centre «Industrie 4.0» à San Francisco. Ce centre se penchera principalement sur l’agile technology governance, c’est-à-dire, par exemple, sur la réglementation des voitures sans conducteur. D’autre part, à l’interne et pour les participants à nos événements, nous sommes en train d’intensifier l’utilisation de l’intelligence artificielle, notamment avec le développement d’applications pour smart phones. Finalement, le Forum est actuellement très présent dans la région Nord Atlantique ainsi qu’en Inde et en Afrique. Nous souhaitons par contre renforcer notre empreinte en Asie et en Amérique du Sud.    


 

 
 

 
 
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