L’investissement en infrastructure

vendredi, 14.10.2016

Une solution intéressante à long terme car les fonds alloués aux infrastructures ont été largement sous-utilisés depuis la crise financière.

Nannette Hechler-Fayd’herbe*

Les taux d’intérêt négatifs et l’assouplissement quantitatif font partie des politiques monétaires non conventionnelles introduites par les banques centrales dans le but de relancer leurs économies. Ces mesures commencent toutefois à s’essouffler. En outre, leur impact est mitigé, et leurs effets négatifs (notamment sur l’épargne) sont ressentis par un nombre croissant de personnes.

Une nouvelle solution est nécessaire, et elle pourrait impliquer les infrastructures.

Si elles sont efficaces pour les urgences en termes de liquidités comme la crise financière de 2008, les politiques non conventionnelles le sont moins lorsqu’il s’agit de corriger des insuffisances de la demande résultant de facteurs structurels.

Néanmoins, la politique budgétaire keynésienne à l’ancienne, bien que plus directe et plus efficace pour stimuler la demande, a déjà été épuisée dans de nombreux pays, laissant les États aux prises avec des dettes.

Une solution pourrait être de combiner assouplissement quantitatif et expansion budgétaire. Cette idée prend déjà de l’ampleur et fait l’objet d’un engouement croissant.

En particulier, on tend de plus en plus à vouloir associer la politique monétaire à une expansion budgétaire et à des mesures incitatives destinées au secteur privé afin d’accroître les investissements en infrastructure. Une telle configuration stimulerait la croissance tout en créant des emplois et en améliorant la productivité.

En septembre, l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques a prévenu que la politique monétaire était surexploitée.

«La politique monétaire est surchargée. Les pays doivent mettre en œuvre des actions budgétaires et structurelles afin de réduire la dépendance excessive vis-à-vis des banques centrales ainsi que de garantir des opportunités et la prospérité pour les générations futures,» a déclaré l’OCDE.

Elle a également appelé à «une réponse collective plus forte basée sur des politiques budgétaires, structurelles et commerciales afin de stimuler la croissance».

«Au niveau budgétaire, les taux d’intérêt bas offrent aux gouvernements une marge de manœuvre supplémentaire pour investir dans le capital humain et l’infrastructure physique, ce dans le but de promouvoir la demande à court terme, la production à long terme et l’inclusion», a ajouté l’OCDE.

De tels projets d’infrastructure pourraient aller de projets traditionnels destinés à faciliter les transports (routes, ponts, chemins de fer, ports et aéroports) à des projets dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Philip Hammond, ministre des Finances britannique, a également laissé entendre qu’il profiterait de la «déclaration d’automne», une importante déclaration britannique de politique budgétaire prévue fin novembre, pour «redéfinir la politique budgétaire», si nécessaire, dans le sillage du vote du Brexit.

Pourquoi des investissements en infrastructure sont-ils nécessaires actuellement?

Les investissements en infrastructure présentent un intérêt pour les gouvernements, car ils sont de loin la classe d’actifs la plus pertinente sur le plan économique.

Or, les fonds alloués aux infrastructures ont été largement sous-utilisés depuis la crise financière. Véritables machines d’accroissement de la productivité et de création d’emplois, les infrastructures ont par ailleurs des effets multiplicateurs économiques très importants et atténuent fortement la pénurie d’actifs à rendement à long terme.

Les récentes mesures d’austérité ont généré des lacunes considérables dans les infrastructures: on estime qu’il faudrait investir entre 350 et 800 milliards de dollars par an au cours des dix prochaines années simplement pour entretenir et conserver les infrastructures existantes.

Les taux d’intérêt bas et les rendements très faibles - c’est-à-dire les coûts du financement - créent les circonstances idéales pour que les pays investissent dans leurs infrastructures.

Actuellement, les conditions sont plus attrayantes que jamais pour des projets et des programmes à long terme.

Sous réserve que certaines conditions essentielles soient remplies, une combinaison d’assouplissement quantitatif et d’expansion budgétaire pourrait non seulement se révéler extrêmement efficace, mais aussi avoir plusieurs effets secondaires positifs pour les marchés des capitaux et les investisseurs.

Cette solution peut être mise en place soit directement dans le cadre d’un programme d’assouplissement budgétaire financé par de la création de monnaie (méthode souvent appelée «hélicoptère monétaire»), soit indirectement (via une politique économique distincte mais coordonnée).

L’assouplissement quantitatif destiné à financer des infrastructures est l’une des mesures les plus efficaces que les autorités monétaires et fiscales peuvent prendre actuellement afin de préparer leurs pays aux décennies à venir et de les sortir de leur marasme structurel.

Comment les investisseurs peuvent-ils se positionner tôt sur cette tendance émergente?

Selon leur taille et leur tolérance au risque, les investisseurs peuvent en profiter de différentes façons.

Investisseurs institutionnels et de grande taille: ils peuvent opter pour une prise de participation dans des projets de financement d’infrastructures. Les fonds de pension canadiens, par exemple, sont parmi les plus avancés et les plus expérimentés dans ce domaine: ils détiennent des aéroports et d’autres installations de transport en Europe.

Fonds d’infrastructure et autres véhicules spéciaux d’investissement en infrastructure. Il existe des solutions comme l’équipe Global Infrastructure Partners (GIP) du Credit Suisse, qui gère environ 33 milliards de dollars pour ses investisseurs.

Les entreprises comprises dans le portefeuille de GIP affichent des revenus annuels combinés supérieurs à 5 milliards de dollars et emploient quelque 21 000 personnes.

Actions cotées ou secteurs spécifiques, directement ou indirectement affectés par des programmes d’investissement en infrastructure. Ceux-ci peuvent concerner: la construction et les secteurs exposés à la construction, comme les biens d’équipement ou les secteurs des mines et des métaux.

Les investisseurs privés souhaitant accéder à des actions cotées peuvent ainsi bénéficier de la tendance à la hausse des bénéfices.

Dans la définition la plus étroite des investissements en infrastructure, on distingue quatre catégories: transports, télécommunications, énergie, distribution et traitement de l’eau.

Une définition plus large inclurait les infrastructures sociales: les installations d’éducation et de santé.

Il existe également des possibilités de revenus fixes: les obligations émises par les banques et les institutions d’investissement en infrastructure permettent de tirer profit de cette tendance en prenant très peu de risques. On peut citer comme exemple les obligations émises par les banques de développement comme la BEI, la KfW et d’autres.

Les obligations pour le financement d’infrastructures d’agences de développement et garanties par l’État sont d’autres exemples d’investissement à faible risque.

Cette tendance n’est ni temporaire ni de courte durée. C’est l’une des rares vraies solutions à la multitude de nos problèmes contemporains. Par conséquent, elle marquera probablement le début d’une vague d’investissements plus large sur plusieurs années.

L’investissement en infrastructure constitue une solution intéressante à long terme.

Mais celle-ci ne gagnera en attrait que dans la situation de faiblesse actuelle de l’économie mondiale et à mesure que les responsables politiques et les dirigeants des banques centrales chercheront de nouvelles méthodes pour stimuler leurs économies et que les investisseurs privés seront en quête d’actifs remédiant à la problématique du rendement.

* Responsable Investment Strategy, CS International Wealth Management


 

 
 



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