Le revenu agricole, une mesure à la carte

vendredi, 14.10.2016

Entre Agroscope et l’Office fédéral de la statistique, la nature des revenus considérés est différente.Cela crée une polémique.

Luc Thomas*

Le revenu agricole est la synthèse annuelle des aléas et réussites des entreprises agricoles. Cette notion est un enjeu central de la défense professionnelle et des politiques agricoles successives dont c’est le révélateur incontournable des succès ou des échecs. Les revenus de l’agriculture prennent diverses formes, selon qu’on en circonscrit la mesure à l’exploitation (revenu agricole), qu’on y ajoute les recettes des activités complémentaires (revenu total), ou qu’on le ramène à la rétribution du seul facteur de production Travail (revenu du travail). On peut aussi en présenter le revenu moyen, par l’agrégation des résultats d’un ensemble donné d’exploitations, ou le revenu sectoriel, au niveau national ou régional, à la manière du PIB.

Deux instances officielles, garantes a priori de l’objectivité nécessaire à ces valorisations, s’en partagent la responsabilité: Agroscope reprend les données comptables effectives d’un panel aléatoire d’entreprises agricoles pour en calculer le revenu moyen par exploitation; l’Office fédéral de la statistique (OFS) calcule globalement, lui, le revenu sectoriel en reconstituant la totalité de la valeur des produits et des charges du secteur agricole.

La polémique au sujet des résultats les plus récemment publiés résulte de la confusion, parfois volontaire, de la nature des revenus considérés. Selon Agroscope, sur la base des résultats comptables recalculés avec une nouvelle méthodologie, le revenu agricole 2014 apparaissait inférieur de 7% à l’ancienne mesure. En 2015, comparativement à ce revenu diminué de 2014, il a encore chuté de 6%. D’après l’OFS qui l’estime plus grossièrement, le revenu net d’entreprise a baissé de 8% de 2014 à 2015 (provisoire), mais il regagnerait 6% en 2016 (estimation). Enfin, Agroscope indique aussi les revenus annexes, en augmentation d’environ 3% en 2015, ce qui permet de tempérer la baisse du revenu total et de redorer le blason de la situation des agriculteurs …

Ces médiocres résultats ont fait l’objet de divers commentaires officiels. Agroscope s’est réfugié derrière un changement de méthode pour saucissonner la présentation des résultats 2015 par rapport à ceux de 2014 (communication en juin, puis en septembre 2016).

L’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) a présenté simultanément sa propre analyse en reprenant les estimations de l’OFS sur 10 ans concernant cette fois le cash-flow (prétendument effectif), sur une autre période de référence, histoire de noyer le poisson et faire croire que tout va finalement assez bien. Enfin, l’OFS a publié avec une prudente réserve ses estimations de croissance du revenu sectoriel 2016, dont on se réjouirait si elles étaient corroborées dans les faits.

On est en droit d’attendre de l’OFAG qu’il fasse preuve de davantage d’objectivité et de clarté dans sa manière de dépeindre la situation économique de l’agriculture suisse.

La nécessité de défendre les coupes injustes du Conseil fédéral dans le budget agricole ne saurait justifier la présentation viciée d’une situation que la réalité des chiffres dans les exploitations, en comparaison du revenu du reste de la population active (au sens de l’art. 5 LAgr), ne parvient désespérément pas à masquer.

* Terreinfo


 

 
 



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