Sortir du nucléaire de 1975 à nos jours

jeudi, 13.10.2016

François Schaller

Annoncé hier, le retrait des demandes d’autorisation générale pour de nouvelles centrales nucléaires des groupes Axpo, Alpiq et BKW (lire page 4) doit certainement être compris comme un geste symbolique destiné à mieux combattre la future initiative populaire «Sortir du nucléaire». C’est évidemment une bonne chose. La demande remontait à 2008, faisant valoir des avancées technologiques augmentant le rendement et diminuant les risques. Elle était un peu restée comme un baroud d’honneur de la part des producteurs d’électricité, sachant que la sortie du nucléaire a en fait été décidée en Suisse en 1975 avec l’opposition populaire insurmontable au projet de site de Kaiseraugst. Le développement de nouvelles générations de centrales dans le monde, qui se poursuit aujourd’hui dans de grands Etats n’envisageant nullement d’amortir d’énormes investissements dans ce domaine, justifiait certainement qu’une «demande» légitime à son tour des coûts de suivi technologique.

La stratégie n’avait toutefois plus aucun sens depuis l’épisode Fukushima, avec la décision de sortie formelle et solennelle fort peu contestée du Conseil fédéral (et du gouvernement allemand).

Sauf énorme élément nouveau, il n’y aura plus de nouvelle centrale nucléaire en Suisse, même sur les sites actuels et en beaucoup plus propre. Le rejet de l’initiative populaire «Sortir du nucléaire» (déjà) en 2003 a toutefois montré qu’avant Fukushima, les Suisses ne souhaitaient pas un arrêt précipité des centrales existantes.

L’émotion étant passablement retombée depuis 2011, qu’en pense aujourd’hui le corps électoral? Le problème d’un dossier traversant les générations, c’est aussi qu’il y a toujours des éléments nouveaux. Ce qui risque d’être déterminant dans la suite des débats, ce n’est plus seulement le danger et la peur du nucléaire et de ses déchets, mais la question du degré d’autonomie d’approvisionnement dans la longue phase de transition énergétique.

L’autarcie n’aurait évidemment aucun sens. Mais dans l’environnement européen et de marché actuels, dominé par le problème des surcapacités et des prix cassés (nucléaire français et charbon allemand), il ne sera pas facile de faire valoir que la Suisse aura encore besoin ces prochaines années de ne pas trop dépendre de l’extérieur.n


 

 
 

 
 

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