La menace du protectionnisme

mercredi, 12.10.2016

Les gouvernements sont trop souvent tentés de protéger des industries déjà en voie de «disparition» plutôt qu’en création.

Marie Owens Thomsen*

Le climat politique est en train de virer en faveur du protectionnisme, et ceci est probablement la menace la plus importante pour notre économie mondiale. Pourtant, défendre les libre-échanges devrait être simple. La Chine faisait face à un tarif moyen avant de devenir membre de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) de 50%. En 2010, il n’était que 10%. Entre temps, la croissance du PIB (Produit Intérieur Brut) de la Chine est passé de 7,5% en évolution sur 12 mois à 15% avant l’arrivée de la crise de 2008. Faut-il en dire plus pour défendre les libre-échanges?

La plupart des pays dans le monde sont trop protectionnistes déjà dans l’état actuel. Quand on protège une industrie, la concurrence dans cette industrie baisse. Une telle stratégie peut être défendable dans des cas précis pour permettre à un pays de bâtir un savoir-faire, et ce pendant une période limitée. Malheureusement, les gouvernements sont souvent tentés de protéger des industries déjà en voie de «disparition» plutôt qu’en création. M Trump disait, par exemple, dans le second débat entre les candidats à la présidence aux Etats-Unis, qu’il souhaitait protéger le secteur de l’énergie fossile et de sidérurgie américain. Il serait certainement plus efficace pour l’économie de soutenir les secteurs qui cartonnent, plutôt que ceux qui peinent. En réalité, les économies ont en générale besoin de plus de concurrence, et non pas plus de protection. Comment va-t-on de l’un à l’autre? En faisant des réformes structurelles.

L’OCDE (Organisation de Coopération et Développement Economique) émet des recommandations à ses pays membres et quelques autres pays sur le plan de réformes structurelles, et mesure par la suite le progrès que font les pays par rapport au plan établi. Leur rapport publié en février 2016 trouve qu’environ 50% des recommandations faites pour 2015 ont été implémenté ou sont en train de l’être. L’élan réformiste s’est ralenti depuis un plus haut en 2011-2012 en ce qui concerne les pays matures et un plus haut en 2013-2014 pour les pays en voie de développement. Les réformes freinent le plus dans les pays européens non-membres de l’euro, contre les idées reçus qui ont tendance à peigner la zone euro dans une sclérose quasi-totale. Il s’avère donc judicieux de souligner que le groupe de pays qui tenait le record en termes de réformes en 2011-2012 était justement les pays de la zone euro - très certainement motivé par la crise de l’époque mais pas pour autant moins louable. La Grèce est le pays parmi tous couverts par l’OCDE qui a réalisé le plus de réformes sur la période 2011-2014. Cela ne veut bien sûr pas dire que la Grèce n’a plus besoin d’efforts supplémentaires, mais encore faut-il au moins se rendre compte du travail qui a été fait. Les autres pays au top des efforts réformistes sont le Portugal, l’Irlande et l’Estonie. Les pays qui ont fait le moins de réformes sont en général ceux qui ont déjà une gouvernance hors pair, tels que les pays scandinaves, la Suisse, l’Allemagne, et le Luxembourg. Tous les pays peuvent s’améliorer, mais le facteur urgence impacte visiblement sur la motivation d’agir. Encore sur cette période 2011-2014, les Etats-Unis n’ont guère fait plus de réformes que la France, et l’Italie en a réalisé d’avantage que ces deux pays - il faut le savoir. La Chine, qui donne l’impression de faire des réformes nouvelles au quotidien se situe au même niveau que l’Italie vue sur cette période, une performance égalé de plus par le Brésil. Le Mexique, par contre, ainsi que la Nouvelle Zélande, sortent du lot en enregistrant plus de réformes que la moyenne.

Parmi une pléthore de réformes qui mériteraient d’être réalisé, ceux dans le secteur de services aura a priori le plus d’impact. D’abord parce que le secteur de services représente quelques 80% du PIB des pays de l’OCDE, et deuxièmement parce que des réformes dans le secteur de services bénéficient également au secteur manufacturier (qui représente à peine 20% du PIB) car un tiers de la valeur ajouté dans l’industrie vient des composants intermédiaires sous forme de services. En démantelant les obstacles pour la création des sociétés dans le secteur des services, la compétitivité des deux secteurs principaux dans l’économie pourrait augmenter. Des services comme l’énergie, télécommunications et transports, la distribution, ainsi que les services professionnels devraient s’ouvrir aux nouveaux entrants, les contrôles sur les prix devraient être assouplis, et les droits exclusives à s’établir devraient être enlevés. Les cartels qui règnent dans des professions tels que taxis, notaires, et pharmaciens ne bénéficient que ceux qui sont dans le cartel, au détriment de tous ceux qui sont consommateurs de ces services. La téléphonie mobile est également un exemple des prix monopolistiques et abusifs, avant sa libéralisation (partielle). Les marchés boursiers aiment les monopoles exactement pour cette raison - leur capacité d’extraire des profits «excessifs». Les gouvernements par contre, ont un devoir de les combattre.

* Chief Economist,

Indosuez Wealth Management 


 

 
 



agefi_2016-10-12_mer_02
 


...