Démocratie sur mesure

mercredi, 12.10.2016

Sophie Paschoud*

Votations. Si on proposait de rétablir le vote censitaire ou de supprimer le droit de vote des femmes, on se verrait assurément gratifier, au mieux, de réactions hautement désobligeantes, au pire d’attaques tombant sous le coup du code pénal. Les propositions tendant à limiter directement ou indirectement le poids des «seniors» à l’occasion des scrutins n’ont en revanche guère déchaîné les passions. Elles reposent pourtant sur une idée similaire, à savoir que certaines catégories de la population sont plus légitimées que d’autres à se «mêler» des affaires publiques.

En marge de la votation sur le Brexit, qui a semble-t-il fait apparaître un clivage générationnel, on a vu renaître en Suisse certaines idées tendant à rajeunir l’électorat, telles que le droit de vote à seize ans et celui des étrangers, ou encore celui des enfants, représentés par leurs parents. Une conseillère nationale socialiste a quant à elle lancé l’idée d’une pondération des voix en fonction de l’âge, où celles des dix-huit à quarante ans compteraient double. L’argument avancé est que le vieillissement de la population donne un poids disproportionné aux «seniors», lesquels ne sont pas «durablement concernés» par les objets soumis au vote.

En réalité, on perçoit derrière cette argumentation un calcul électoral mal dissimulé de la part des milieux favorables à ce type de proposition, qui sont, à quelques exceptions près, issus de la gauche et du centre-gauche. Ils partent apparemment du principe que les jeunes sont, d’une manière générale, ouverts sur le monde, écolos, solidaires, partisans de la «justice sociale» et de la redistribution et que, inversement, les «seniors» sont passéistes, conservateurs et adeptes du «repli sur soi». Dans cette optique, leurs préoccupations quant à l’évolution démographique prennent tout leur sens.

Il est cependant loin d’être certain que la situation soit aussi simple. Au contraire, les analyses des votations fédérales VOX relèvent rarement une nette fracture générationnelle. Outre le traditionnel clivage gauche -droite, les différences les plus souvent mises en avant concernent les villes et les campagnes, ainsi que le niveau de formation et de revenu. Par ailleurs, il ressort apparemment de certaines statistiques que, lorsque l’âge influence la manière de voter, ce sont les actifs d’âge moyen qui se distinguent, alors que les «juniors» et les «seniors» ont tendance à se rejoindre. Ce que l’on constate en tous les cas, c’est que la nature des clivages est intimement liée à l’objet même du scrutin.

Tous bords politiques confondus, on loue la démocratie semi-directe… lorsque le peuple vote juste. Cependant, à moins de déterminer pour chaque scrutin quels sont les citoyens «concernés» et de ce fait habilités à voter – ce qui n’est d’ailleurs pas gage de succès –, il faut s’accommoder de ce qui est au cœur même du système, à savoir que la majorité – quels qu’en soient les représentants – est présumée avoir raison.

* Centre Patronal


 

 
 

 
 
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