Le trilemme de la mondialisation

mardi, 11.10.2016

Les trois éléments de l’économie: la démocratie, la souveraineté nationale et les marchés mondialisés

Philippe G. Müller

Les partis situés aux extrêmes de l’éventail politique progressent actuellement partout dans le monde.  Les partis du centre, partisans d’un consensus, voient quant à eux leur électorat s’éroder. La classe moyenne, qui voit ses revenus stagner, accueille favorablement les discours en faveur d’une politique isolationniste ou d’une redistribution massive des revenus et des patrimoines.  

La méfiance et le malaise face à la mondialisation et aux élites mondiales se répandent dans de vastes franges de la population. Les solutions proposées deviennent plus extrêmes. Elles reflètent les tensions que Dani Rodrik, économiste à Harvard, décrivait peu après le début du nouveau millénaire comme le trilemme de la mondialisation.

Dani Rodrik considère trois éléments essentiels de l’économie mondiale actuelle: la démocratie, la souveraineté nationale et les marchés mondialisés.  Son hypothèse se formule comme un trilemme: chaque pays ne peut vivre simultanément que deux de ces trois valeurs fondamentales, mais jamais (ni totalement) toutes les trois à la fois.

En effet, il existe entre ces trois éléments des tensions considérables. Entre l’économie mondialisée et la souveraineté nationale, on a pu observer ces dernières années de fortes frictions, surtout dans le domaine de l’imposition des particuliers et des entreprises.

Il en va de même à propos des migrations et de la libre circulation, quasiment illimitée, des personnes. Là aussi, le principe de marchés (de l’emploi) libres et mondialisés se heurte au principe du contrôle des Etats.

Des tensions se manifestent aussi entre les institutions démocratiques et l’adhésion à un système capitaliste mondial.

La libre économie de marché entraîne en soi des résultats inégaux en ce qui concerne la répartition des revenus et des patrimoines dans une économie, tandis que la démocratie veut rééquilibrer les choses et compenser les inégalités.

On observe actuellement partout dans le monde qu’en raison des tensions dans ce trilemme, beaucoup de pays abandonnent plus ou moins l’un ou l’autre de ces trois éléments.  La Turquie, par exemple, semble de plus en plus renoncer à des principes fondamentaux de la démocratie comme la liberté de la presse et la liberté d’opinion.

C’est la même chose en Russie. Dans d’autres pays, les dirigeants politiques veulent revenir en arrière en cloisonnant à nouveau les marchés:la Grande-Bretagne avec le Brexit, peut-être les Etats-Unis si Donald Trump était élu.

La souveraineté nationale semble être le seul élément auquel la grande majorité des pays reste attachée.  L’Union européenne, qui a tenté en tant que projet d’union de déléguer des compétences nationales à un niveau plus élevé, fait quant à elle actuellement plutôt marche arrière.

Economiste responsable pour la Suisse romande, Chief Investment Office d’UBS


 

 
 



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