Deutsche Bank ou le capitalisme déchu

mardi, 11.10.2016

La banque devra être renflouée par le gouvernement.

Michel Santi*

Elle s’est criminalisée au fur et à mesure de sa croissance. Son appétence au crime fut à la mesure de sa croissance. Son rôle fut majeur dans la crise des subprimes déclenchée en 2007 qui a provoqué une débâcle immobilière US dont on ressent toujours les effets plus de neuf ans plus tard. C’est pas moins de 30 milliards de dollars de titrisations ayant fastueusement contribué à enfler la bulle spéculative immobilière américaine qui furent créés de toute pièce par la Deutsche Bank. Machinerie gargantuesque et machiavélique puisqu’elle fut accusée en 2010 par ses propres collaborateurs d’avoir masqué 12 milliards de pertes silencieusement remisées sous le tapis des malversations des sinistres subprimes.

Un de ses contrôleurs du risque, le lanceur d’alertes Eric Ben-Artzi, ne devait-il pas confesser à la «Securities and Exchange Commission» (le régulateur US) qu’elle aurait rejoint Lehman Brothers au rang des antiquités si elle avait, en 2008, levé le voile sur sa véritable condition financière? Dans ses auditions à la SEC, Ben-Artzi n’a-t-il pas ouvertement décrit cette «culture du crime» prévalant à la Deutsche Bank, établissement «structurellement destiné à pousser sa direction générale à commettre des fraudes»?

La liste grotesque et aberrante de ses scandales ne tend-elle pas à lui donner raison?

Deutsche Bank n’a-t-elle pas payé près de 10 milliards de dollars en amendes diverses depuis 2008: des manipulations des cours de l’or et de l’argent, aux escroqueries hypothécaires, en passant par la violation de sanctions contre l’Iran, la Lybie, le Soudan, la Syrie…? La méga manipulation du LIBOR (London Interbank Offered Rate) ne lui a-t-elle pas coûté 2.5 milliards de dollars l’an dernier, non seulement pour avoir fraudé à une échelle rarement vue auparavant, mais aussi pour avoir systématiquement cherché à induire en erreur les enquêteurs britanniques? Ayant affiché un résultat en pertes de 500 millions de dollars en 2015, la Deutsche Bank n’attire du reste plus aucun investisseur, si ce n’est les vendeurs à découvert comme George Soros qui s’est fait une petite fortune en «shortant» ses actions à la veille du Brexit…

Elle a pitoyablement échoué à chaque stress test annuel entrepris par la Réserve fédérale américaine depuis 2011, ayant pour mission de vérifier la solidité d’une banque en cas de crise financière! N’ayant pas assez de capital pour tenir le choc, Deutsche Bank fut décrite en 2015 par la Fed comme établissement «aux faiblesses substantielles et vastes»…avant d’être taxée par le F.M.I. d’être «un des contributeurs les plus importants au risque systémique global»!

A l’évidence, Deutsche Bank ne serait pas aujourd’hui capable de survivre à un choc équivalent à l’amende gigantesque de 9 milliards de dollars infligée en 2014 à BNP Paribas, et devra donc dans cette hypothèse être renflouée par le gouvernement allemand, avec des conséquences foncièrement néfastes pour l’équilibre financier mondial.

Est-ce le clap de fin pour cette banque ayant financé le régime hitlérien en lui rachetant l’or spolié aux juifs?

Ayant, à la faveur de la dérégulation des marchés dans les années 1990, étendu ses tentacules pour avoir acheté Morgan Grenfell en 1989 et Bankers Trust en 1998, Deutsche Bank se hissa ainsi au top ten des banques mondiales à l’orée du nouveau millénaire.

Son cours en bourse devait atteindre son plus haut historique à 159$ en 2007, avant de s’effondrer à 12 en 2016!

De fait, la capitalisation boursière de Deutsche Bank fait l’objet de toutes les plaisanteries parmi les traders de la City et de Wall Street car elle a désormais atteint le même niveau que celui des applications internet Snapchat et Twitter.

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