Livre: ce qu’a dit le flash crash de vendredi

lundi, 10.10.2016

Christian Affolter

Le premier bilan des tentatives d’explication après la chute brutale de la livre vendredi matin (lire page 11) paraît plutôt banal. Les déclarations de François Hollande dans le Financial Times prévenant que le Royaume-Uni devrait subir les conséquences de sa sortie de l’Union européenne ont suffi pour déclencher des ordres de vente face au dollar. Et, par ricochet, par rapport à l’euro comme au franc. Grâce à des algorithmes.

Intervenus dans une période de négoce faible, d’autres algorithmes basés sur des analyses techniques ont ensuite pris le relais et accentué le mouvement. La reprise des volumes a permis à la livre de se rétablir, à un niveau toutefois toujours  plus bas qu’avant ce crash (environ 2%).

Le fait que la devise britannique n’a pas pu retrouver son niveau d’avant confirme que les interrogations qui ont provoqué  le phénomène – fortement liées au Brexit, mais ne portant pas uniquement sur lui – vont persister.

La preuve en est la pression renouvelée sur la livre depuis que le premier ministre Theresa May a fixé lundi dernier à fin mars l’activation de l’article 50 marquant le début des négociations officielles. Le cours se trouve maintenant bien en dessous du niveau de juin, juste après le vote  populaire, ayant même atteint un nouveau plancher sur 31 ans face au dollar. En termes de parité de pouvoir d’achat, la livre est à nouveau sensiblement sous-valorisée – selon l’OCDE, elle devrait se situer à 1,44 dollar (contre 1,23 vendredi).

Comparée à la Suisse, cette évolution est assez troublante, puisque le Royaume-Uni devrait se retrouver avec un statut politique vis-à-vis de l’UE assez proche  à l’issue des négociations. Mais cette similitude-là est pratiquement la seule. En ce qui concerne la balance commerciale, la Suisse affiche l’un des surplus en termes de pourcentage du PIB les plus élevés en Europe.

Le Royaume-Uni se situe clairement à l’autre bout l’échelle, avec le déficit le plus important. Ce qui ne pose guère de problèmes tant que les investisseurs internationaux gardent leur confiance. Le Brexit la remet cependant en question. Autre facteur très différent, le taux d’épargne en Suisse reste stable à un niveau très élevé en comparaison internationale. Le Royaume-Uni fait partie de la poignée de pays développés où ce taux est négatif. Ces facteurs contribuent pour le moins au fait que le franc reste sous une pression à la hausse, la livre à la baisse – indépendamment de la question du Brexit.

C’est probablement au niveau du statut futur de Londres en tant que principale place financière européenne, voire mondiale, que cette dernière s’avérera sans surprise particulièrement sensible. La question de l’accès au marché unique ne pourrait peut-être directement toucher qu’un quart de son activité totale.

Cela risque de suffire toutefois pour que certains établissements considèrent que d’autres places offrent désormais des profils plus favorables pour desservir toute leur clientèle en Europe, Moyen-Orient et Afrique depuis un seul centre opérationnel. Ces doutes-là pèsent certainement aussi sur la livre.n


 

 
 



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