Le pétrole restera à la hausse en 2017

vendredi, 23.09.2016

Invest. Le directeur de la recherche de Natixis, Patrick Artus, a déroulé un scénario macroéconomique non consensuel lors du salon genevois hier.

Marjorie Théry

Patrick Artus. Le pétrole pourrait être à 60 dollars fin 2017 et à 70 dollars fin 2018.

«Le pétrole pourrait se situer à 60 dollars dans un an, et même à 70 dollars dans deux ans. Cela change assez radicalement la configuration du monde». Habitué des lieux, Patrick Artus a de nouveau suscité l’intérêt de l’auditoire lors de la seconde journée du salon Invest à Genève. Le chef économiste et membre du comité exécutif de Natixis a souhaité mettre un accent particulier sur ses prévisions concernant le pétrole, estimant que le thème n’est aujourd’hui pas assez commenté. Malgré l’influence majeure qu’il pourrait avoir dans les prochains mois sur plusieurs aspects macroéconomiques. Pour lui, un certain nombre d’observateurs ont baissé les bras, se disant qu’il est tellement difficile de faire des prévisions sur ce thème qu’il vaut mieux ne pas s’y risquer.

Patrick Artus a ensuite détaillé méthodiquement les raisons qui le poussent à croire en une augmentation durable du pétrole, et ses conséquences. Premièrement, depuis août 2016, et pour la première fois depuis 2014, la production est en ligne avec la demande. La voie d’équilibre du marché semble enfin atteinte, et le pétrole est aujourd’hui à 47 dollars. Cette année, 400 milliards de dollars devraient être investis dans les gisements, alors qu’il faudrait 600 milliards, ce qui devrait soutenir les prix à la hausse. Car sans même parler de nouveaux gisements, sans investissement dans le parc actuel, la production baisse de 5% par année. La hausse du prix devrait se poursuivre, ce qui sera logiquement bénéfique pour les pays exportateurs mais pas les importateurs.

Cette hausse du prix du pétrole va également pousser l’inflation à la hausse, et donc influencer les politiques monétaires. L’année prochaine l’inflation devrait être de 2,5% aux Etats-Unis et de 1,5% en Europe. «Janet Yellen est en cela très décevante. La vision actuelle est totalement court-termiste car l’influence des politiques monétaires a un impact environ 18 mois plus tard. Il semble donc ridicule de commenter les statistiques de l’économie américaine mois par mois, plutôt que d’anticiper l’avenir de la conjoncture».

Pour lui, on peut en revanche avoir des vues divergentes sur la solidité de la croissance aux Etats-Unis. Mais la configuration de plein emploi reste rassurante, tout comme le mouvement amorcé d’inflation salariale, même si le niveau d’investissement des entreprises et leurs profits ralentissent. «Mais de notre côté, nous pensons que la plupart des signes négatifs viennent surtout du secteur de l’énergie en réalité. L’investissement dans l’énergie a baissé de 65% en un an. En revanche, l’économie américaine hors énergie se porte très bien. Et maintenant que le secteur va redémarrer, il va à nouveau être orienté à la hausse».

Dans cette configuration, et assez à contre courant du consensus, il estime que la Fed devrait remonter ses taux en décembre, et surtout anticipe pour l’an prochain une fenêtre de normalisation pour une remontée des taux avec un rythme de 0,25% par trimestre. Ce qui pour lui ne donne pas de raison d’être inquiet pour l’économie américaine.

En revanche, cette remontée du pétrole et de l’inflation aura plutôt un effet négatif en Europe. «La zone euro a gagné 400 milliards de dollars par an grâce à baisse du prix du pétrole ces dernières années, soit 3 points de PIB. Il s’agissait d’un soutien indirect de l’économie, même si il y a eu beaucoup d’épargne. Cette hausse du pétrole devrait donc mécaniquement amputer la croissance à venir…»

Dans le même temps, la BCE devrait aussi normaliser sa politique et commencer un tapering, répétant de plus en plus souvent que sa politique actuelle est temporaire. «Dans nos modèles de recherche, nous arrivons pour fin 2017 à des taux obligataires de 2,5% pour le 10 ans américain, et 0,8% pour le 10 an allemand. Nous pensons que les investisseurs vont intégrer cette situation avant la fin de l’année». Mais il est difficile à dire quel sera l’impact sur le marché des actions américaines. «Normalement on observait une rotation et flux vers les actions historiquement. Mais cette fois les fondamentaux ne sont pas aussi bons que par le passé pour cette classe d’actifs, et les valorisations sont élevées».


 

 
 



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