Du dépassement de soi

mercredi, 21.09.2016

Ce qu’il reste à faire en matière d’innovation pour le bassin lémanique.

Sophie Blum*

Il y a un peu plus de deux ans, lorsque Procter & Gamble m’offrait l’opportunité de m’installer à Genève avec ma famille, je venais de passer dix années à diriger P&G Israël et mis en place un centre d’innovation à Tel-Aviv.  Tel-Aviv, c’est un peu ce qu’est la Silicon Valley à la Californie ou Londres à l’Angleterre: des lieux de création, des hubs d’innovation en effervescence 24/24 heures, 7/7 jours. (...)

Quitter ce monde stimulant et passionnant pour Genève, était un point d’interrogation. Bien sûr que je connaissais Genève et qu’il n’y pas lieu plus unique pour y vivre avec sa famille. Bien sûr, je rejoignais le siège européen de P&G. Mais au-delà, qu’allait m’offrir véritablement la région en terme d’innovation, de start-ups, d’écosystème pour mes nouvelles responsabilités?

Entre les mains, je détenais cependant deux cartes magnifiques à abattre. La première, c’est le plus beau côté de Procter & Gamble, celui d’avoir une approche innovante globale tout en capitalisant sur la diversité et l’inclusion.

Ma seconde carte était un pays, des cerveaux, des idées, beaucoup de talents. La Suisse est un centre d’excellence, au cœur de l’Europe. Elle occupe systématiquement la première place au classement mondial de l’innovation et de la compétitivité. Genève et l’arc lémanique bénéficient en particulier de ressources formidables, qu’elles soient humaines, institutionnelles ou financières. Et puis la région est connectée au reste du monde, avec une diversité de talents. Nous détenons ici tous les éléments fondamentaux de la création, qui renforcent ma conviction: Genève et la région possèdent les ingrédients pour en faire un hub d’innovation global reconnu.

L’innovation fait partie de l’ADN de Procter & Gamble. L’industrie dans laquelle nous opérons est très compétitive, il nous faut par conséquent constamment anticiper les besoins futurs et nous adapter. C’est pour cela que plus de 8’000 chercheurs répartis sur les cinq continents dans des centres d’innovation s’engagent quotidiennement à mieux comprendre l’évolution des besoins à tout âge ou phase de notre vie, et à amener la science jusque dans nos foyers.  

Que manque-t-il donc pour rayonner au même titre que la Silicon Valley, Londres ou Tel Aviv?  En 25 ans de pratique professionnelle, j’ai pu observer les dynamiques, les succès comme les échecs. J’aimerais relever trois enjeux qui me semblent particulièrement importants. Tous sont liés à un état d’esprit.

Le premier est le dépassement de soi. Il faut oser, défier, tenter les limites et donner du sens à une vision de l’innovation qui impacte le monde. Cette capacité à voir grand est un élément important qui va au-delà de l’expérience, de la discipline et des processus. Genève doit oser se positionner comme un acteur mondial.

Comme second enjeu, il y a la stratégie commune ou l’effort commun. Nous sommes tous responsables et engagés dans un tel défi. J’entends par là, que la volonté politique seule ne peut hélas pas suffire. J’admire les impulsions que Genève donne et l’engagement personnel de Pierre Maudet. Mais il importe aussi que tous les autres acteurs s’unissent et agissent. Cet engagement commun, intensifié, est une source de réussite.

Les échanges comme ceux d’aujourd’hui doivent être renouvelés, multipliés, car de l’échange naissent des idées, des interconnexions, des stimulations, le partage de compétences et d’expériences. Le réseau est un élément déterminant.

C’est d’ailleurs pour cela que P&G est un acteur engagé et intégré dans l’écosystème depuis plus de 60 ans. Notre programme Connect+ Develop lancé il y a une dizaine d’années nous a permis de mettre en réseau les esprits les plus créatifs et innovants et de conclure plus de 2’000 contrats de partenariats avec des start-ups, PME, laboratoires et universités du monde entier.

A Genève, nous travaillons certes étroitement avec Firmenich, Givaudan, Dupont, Contexa ou AGIE Charmilles. Mais depuis plus de dix ans, nous sommes également parmi les premiers à encourager et ensemencer l’écosystème des jeunes pousses. Nous collaborons par exemple avec l’Université et les Hautes Ecoles Spécialisées, nous soutenons activement GENILEM et apportons notre contribution à des initiatives naissantes à l’exemple de la fondation Nomads qui a pour ambition de developper et de promouvoir l’innovation dans l’arc Lemanique en stimulant la collaboration active avec d’autres hubs comme Tel Aviv. (...)

Comme troisième défi, j’aimerais évoquer celui des conditions cadre. L’innovation doit être accompagnée d’un cadre législatif favorable, permettant d’être compétitif et adapté au changement de paradigme de la révolution numérique. Et cela au profit des consommateurs et usagers. L’heure est à celle de la technologie et du big data. Elle nécessite une politique, une vision holistique et globale. (...)Plus que jamais, P&G est en phase avec les atouts de la région: un fort enracinement local, un impact global, une connexion aux principaux hubs d’innovation.

J’aimerais conclure sur l’importance de l’emploi et de la jeunesse. Qui dit innovation dit emploi, que cela soit en amont du processus, comme dans toute sa déclinaison allant de la production à la commercialisation. L’emploi contribue au bien-être d’une collectivité. Rien qu’à Genève, P&G représente un milliard de retombées économiques annuelles pour la région. 1 emploi chez P&G génère 1,5 emploi dans l’économie locale. Nous avons sous contrat plus de 100 petites et moyennes entreprises qui bénéficient directement de notre présence. (…)

* Vice-présidente marketing Procter & Gamble Europe.

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