Les banques centrales et la magie noire

mardi, 20.09.2016

Les baisses de taux quantitatives ne sont que des instruments à disposition des banques.

Michel Santi*

Les beaux jours des banques centrales et de leurs «baisses de taux quantitatives» sont révolus. Considérées pendant plusieurs années comme instrument privilégié de relance de la croissance, elles furent même pulvérisées par la Suisse qui fut la première à officiellement instaurer les taux négatifs.

La banque centrale la plus puissante au monde –la Réserve fédérale US– admit même récemment par la voix de sa Présidente auditionnée par le Congrès qu’elle ne pouvait écarter l’hypothèse de l’usage des taux négatifs en dernière instance. Pour être poliment contredite par son collègue Président de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, qui devait déclarer ne pas être «fan» des taux négatifs.

Cependant, tant les taux négatifs que les baisses de taux quantitatives sont aujourd’hui au cœur de toutes les controverses alors qu’ils ne sont qu’un simple outil de politique monétaire.

L’émotion, la théorie du complot, parfois même les haines, entourent et caractérisent la perception de ces instruments -certes hétérodoxes- mais qui ont jusque là rendu d’immenses services aux fondamentaux économiques. Qualifiées quasiment de sataniques, les baisses de taux quantitatives n’ont-elles pas comprimé avec succès les différentiels de taux, encourageant à un peu plus d’investissement et à la dévaluation des monnaies concernées?

Loin d’être la panacée, ces outils n’en représentent pas moins les seules mesures concrètes prises pour ressusciter les économies, en l’absence de politiques fiscales et budgétaires appropriées.

En outre, l’efficacité de ces instruments varient en fonction des contextes et des pays.

Les taux négatifs déploient nettement mieux leurs effets de promotion de la consommation dans des pays comme l’Allemagne et l’Italie où les épargnants conservent banalement leur épargne sur des comptes bancaires, et où les entreprises sont financées par des prêts bancaires.

A l’opposé, les taux négatifs ne seront pas très pénalisants aux Etats-Unis où tant les épargnants que les entreprises disposent d’options plus flexibles pour leur financement, comme le marché obligataire. Par ailleurs, il est des nations où la mise en place de ces instruments de politique monétaire passe mieux. Par exemple, il fut plus aisé de faire admettre les taux d’intérêt négatifs aux suisses qu’aux japonais car le premier aurait nettement plus d’inclination à transférer ses avoirs à l’étranger que le second. Il en va de même de la flexibilité –et donc de la résilience- des entreprises helvétiques bien plus dépendantes des capitaux étrangers que leurs consœurs nippones, qui auront donc plus de mal à s’adapter à un assèchement des sources d’approvisionnement en capitaux.

Des instruments hétérodoxes de politique monétaires sont donc généralement mieux accueillis parmi les intervenants suisses –conscients de leur dépendance à la conjoncture globale- que parmi les japonais qui attendent bien plus de mesures protectrices de la part de leur Etat.

Selon cette logique, les Etats-Unis et la Grande Bretagne rencontreraient évidemment beaucoup moins d’opposition à instaurer des taux négatifs –dès lors que le besoin s’en fera ressentir- que l’Allemagne dont les dirigeants ne ratent du reste pas une occasion de stigmatiser la BCE et Mario Draghi pour leur politique non conventionnelle.

Les baisses de taux quantitatives, en somme, tout comme les taux négatifs ne sont que des instruments à disposition des banques centrales et des outils contribuant cahin caha à la reprise économique.  Dédramatisons donc leur usage et n’y voyons, en conséquence, aucune magie noire.

* artradingfinance.com

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