L’Europe franco-allemande dans l’errance

vendredi, 16.09.2016

François Schaller

Les débats qui ont déchiré le Royaume-Uni pendant les semaines d’avant référendum ont en partie porté sur ce qu’il est convenu d’appeler à Bruxelles (et à Strasbourg) «le directoire franco-allemand». Aucune décision significative n’est prise dans l’Union Européenne sans l’accord conjoint de la France et de l’Allemagne, qui ne représentent ensemble qu’un peu plus du quart de la démographie à 28 Etats membres. En gros: lorsqu’un problème grave se présente en Europe, le président de la République et le chancelier (la chancelière en l’occurrence) commencent par se mettre d’accord. Les autres s’alignent.

Aux yeux de bien des Britanniques, l’Union n’est qu’une tentative archéo-impérialiste sans avenir de faire émerger une superpuissance, à l’initiative et sous la direction de deux Etats qui s’étaient épuisés auparavant à vouloir le faire seuls. Les autres membres de l’Union sont là pour fournir du volume. La France et l’Allemagne sont parvenues à les convaincre en utilisant la force éco-démographique. Un chantage permanent sur l’accès à leur vaste marché intérieur élargi.

Les Britanniques sont de moins en moins seuls en Europe à se représenter les choses de cette manière. Et le moins que l’on puisse dire est que le choc de juin dernier n’a finalement ébranlé ni la France ni l’Allemagne. Il a été convenu ces derniers jours que les négociateurs européens pour la sortie de la Grande-Bretagne seraient... français et allemand. Hier, François Hollande et Angela Merkel ses sont parlés. Ils ont communiqué à deux avant le sommet de Bratislava. Ils ont fixé les priorités.

Ce qui ressort de cette priorisation n’est en tout cas pas une remise en cause de l’Europe franco-allemande. Il n’a pas été question non plus d’un grand chantier institutionnel destiné à revoir la finalité, les équilibres politiques, le fonctionnement de l’Union après le clash britannique. Rien se semble plus possible dans ce domaine, les ratifications de traités Etat par Etat étant précisément réputées offrir aux eurosceptiques des opportunités rêvées de s’imposer... par référendum. Une hantise européenne.

Bratislava devait être le sommet d’une relance après le Brexit. Ce qui se profile depuis le discours de l’Union de Jean-Claude Juncker mercredi, et les déclarations franco-allemandes hier, c’est une nouvelle et timide fuite en avant. Dans la défense commune cette fois. Comme si l’euroscepticisme, sa progression régulière et générationnelle, n’était qu’un phénomène récent lié à l’embrasement du Moyen-Orient et à la crise des migrants et réfugiés. Dans son appel à un durcissement de la politique européenne, Jean-Claude Juncker a déjà été jusqu’à évoquer la création l’an prochain d’un «corps européen de solidarité» qui devrait compter 100.00 jeunes dès 2020.  Sans se rendre compte apparemment de la connotation des termes utilisés. Ce corps expéditionnaire serait évidemment à usage interne: problème aigu de migration ou tremblement de terre en Italie. Mais le concept n’offre-t-il pas l’embryon structurel parfait pour de futures croisades des enfants? Des interventions militaro-humanitaires plus lointaines, au nom de la solidarité bien comprise?

A entendre Hollande et Merkel, la jeunesse doit devenir la troisième priorité de l’Union après la défense et les investissements dans les technologies. Quel est le problème le plus tangible des jeunes? L’emploi. Le corps européen de solidarité aurait aussi une fonction de motivation et de formation. Ce serait accessoirement une réponse au chômage des jeunes, comme l’a clairement suggéré Juncker. Voilà où l’on en est. Un classique de sinistre mémoire sur le plan historique.

Investir davantage dans la défense, la recherche, les infrastructures technologiques, la jeunesse. Des euros par dizaines de milliards. La Banque centrale européenne est là pour cela. Imposer des réformes structurelles à certaines économies nationales pour favoriser l’activité économique non administrée ne fait pas partie des priorités. On a vu ces dernières années que ce serait à peu près aussi difficile que de réformer les institutions communautaires. Il faudrait d’ailleurs commencer par la France, ce qui rendrait l’entreprise tout à fait illusoire.n


 

 
 



Agrandir page UNE

agefi_2016-09-16_ven_01
 

...