Mesures exceptionnelles prolongées

jeudi, 15.09.2016

Le processus de décroissance pèse sur l’ensemble des actifs, notamment ceux gérés par les fonds de prévoyance et les caisses de pension.

Tyvar H. Vogel*

Le Brexit n’aura eu qu’un impact très relatif sur l’humeur des marchés publics suisses. Certes, le choc de son annonce aura plongé le taux de référence 10 ans à -0.46%, plus bas jamais atteint, faisant trembler les gestionnaires de fonds une nouvelle fois.

Néanmoins, il se redresse tant bien que mal et pourrait atteindre sans doute les -0.15% très prochainement. Cette situation est la conséquence directe de la politique monétaire actuelle pilotée par les banques centrales cherchant désespérément à maintenir leur monnaie à flot, dernier rempart avant l’asphyxie d’un système bancaire en suffocation.

Ce processus de décroissance commence à peser sur l’ensemble des actifs, notamment ceux gérés par les fonds de prévoyance et les caisses de pension qui voient leurs rendements s’éroder. Si la Suisse peut se targuer d’avoir encore un système de retraite «sain», on ose imaginer la situation des pays de l’Union Européenne dont certains ne cessent de creuser leur dette publique.

La BNS a encore récemment répété le caractère exceptionnel de sa politique monétaire visant à combattre la surévaluation du franc, faisant face à d’autres politiques monétaires, telles que les QE instaurés par la BCE grandement responsables de la pression actuelle engendrée sur la monnaie helvétique.

Alors que la phase des premiers QE s’achève, l’inflation n’a toujours pas décollé comme espéré en Europe.

L’activité économique reste également très ténue alors qu’on voudrait offrir un meilleur spectacle aux investisseurs qui peinent à trouver leurs marques dans un marché sans visibilité. Néanmoins, la BCE table sur des perspectives de croissance pour la Zone Euro meilleures que prévues. La conséquence de cela a été un redressement de la courbe d’emprunts publics suisse qui a pris en moyenne 10 bp depuis environ une semaine.

Cette tendance pourrait se confirmer compte tenu des perspectives positives concernant l’amélioration du PIB réel en suisse de 2% sur un an annoncée par le SECO la semaine dernière.

Si ces informations sont encourageantes dans l’ensemble, rien ne prédit un redressement confirmé des taux à court et moyen terme. En ce début de semaine, le 15 ans IRS contre 6 mois Libor restait encore bien ancré en zone négative. Les prix globaux de refinancement pour les collectivités publiques n’ont que peu évolué ces derniers mois alors que les marges ont allégrement fluctué en fonction des taux. De plus en plus de communes tendent à financer leurs projets avec une part de court terme plus importante, profitant ainsi de l’exposition des grands investisseurs institutionnels sur les taux négatifs.

Certaines communes, elles-mêmes en excédent de liquidités, se mettent à prêter plus facilement à d’autres collectivités afin d’éviter d’être taxées sur leur propres dépôts qu’habituellement elles laissaient sur leur comptes courants. La récession dont tout le monde parlait l’année dernière, suite à la rupture du taux plancher, l’instauration des taux négatifs voire les initiatives grippant les relations avec l’Europe, n’a finalement jamais eu lieu. Au contraire, la Suisse est restée dynamique et a enfreint tous les savants pronostiques élaborés par les analystes.

A contrario, c’est l’Europe qui fait peur. La Grèce pourrait bien revenir au devant de la scène pour la mise en œuvre d’un nouveau plan de réformes pour débloquer d’ici la fin du mois une nouvelle tranche de crédit de 2,8 mia EUR. Parallèlement, la crise bancaire italienne vient ajouter un spectre supplémentaire à une Europe tentant de valoriser un euro tant dans les cœurs que dans les poches.

Exercice toujours plus complexe sachant qu’elle compte par ailleurs toujours plus d’eurosceptiques, notamment en Allemagne mais aussi aux Pays-Bas, en Autriche et en France tout particulièrement.

Une tendance qui pourrait bien tirer une nouvelle fois tous les indicateurs vers le bas si l’Union Européenne persiste dans son incapacité à fédérer ses membres les plus importants, les laissant ainsi ironiquement à la merci de la démocratie.

* Conticap SA - Nyon.


 

 
 



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