L’autre illusion du plein emploi

mardi, 13.09.2016

François Schaller

Le taux d’activité de la population est élevé en Suisse. Tout proche des 70%. Il n’est que de 58% environ dans l’Union Européenne, et aucun Etat membre ne dépasse la Suisse.

Voilà la donnée de base assez méconnue qui a accompagné hier le Sommet national sur le personnel qualifié à Berne (lire page 8). Administrations, entreprises, partenaires sociaux. Ces chiffres incitent à relativiser ce qui s’entend sur la nécessité de mettre ou remettre les jeunes, les femmes et les vieux au travail en réponse à l’initiative populaire de 2014 demandant la réintroduction de contingents d’immigration. Le potentiel d’augmentation de la population active est statistiquement et objectivement faible.

Même s’il semble plus politique qu’économique, une sorte de marketing comme l’affirme sévèrement la centrale syndicale chrétienne Travail Suisse, le volontarisme actuel ouvre des voies intéressantes. Evoquées d’ailleurs bien avant les événements.

Oui, il y a un problème chronique de garde extra-familiale en Suisse. La solution passe-t-elle forcément par des subventionnements publics massifs? Certainement pas. Les grandes entreprises, les plus petites par regroupements, ne cessent de dire qu’elles créeraient volontiers des garderies si les contraintes réglementaires ne rendaient pas la chose tellement dissuasive. Il y a peut-être des malentendus à ce sujet, le meilleur moyen de les dissiper serait d’abord d’en (re)parler davantage.

Oui, il y a un problème de discrimination dans l’imposition  des couples mariés, incitant clairement à travailler moins. Des cantons se sont attelés à ce problème. La Confédération ne l’a pas fait s’agissant de sa propre fiscalité. Celles et ceux qui s’y opposent n’ont souvent que l’argument... des pertes fiscales.

S’agissant de formation, il sera toujours possible d’élargir l’offre et de subventionner davantage. Ce qui existe actuellement en Suisse est pourtant énorme et très diversifié. Peut-être même sous-utilisé (formation continue en particulier). Là encore, le potentiel semble fort limité. Ne pas oublier surtout qu’aucune mesure incitative venant d’en haut ne remplacera jamais la motivation personnelle. Les raisons de ne pas travailler, ou de travailler moins ne sont pas toujours d’ordre matériel. Pour ne pas dire qu’elles le sont rarement.n


 

 
 



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