Grand plaidoyer pour les retraites anticipées

vendredi, 17.06.2016

On ne parle que de vie active à prolonger. Mais bien des entreprises cherchent surtout à la raccourcir. A quel prix?

Jean-Luc Duckert*

Notre système de retraite est relativement récent, puisque la Loi sur la Prévoyance professionnelle (LPP) n’est entrée en vigueur qu’en 1985. Les assurés qui atteindront l’âge de la retraite dans les dix prochaines années n’auront donc pas fait le plein de cotisations dans leur caisse de pension. Mais cette lacune disparaîtra progressivement.

Nous rappelons que les contributions d’épargne sont payées de l’année des 25 ans révolus à 64 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes. L’entrée en vigueur de la loi sur le libre passage intégral en 1995 garantit que l’intégralité des contributions de prévoyance payées au 2e pilier est définitivement attribuée à l’assuré. Il est donc possible d’affirmer que le montant des rentes de retraite qui sera versé par les caisses de pension ces prochaines années aura une tendance haussière. Grâce à la capitalisation complète des assurés et de leurs employeurs.

Les entreprises, petites et moyennes en particulier, font de surcroît de plus en plus le choix de plans de prévoyance améliorés par rapport au minimum prévu par la Loi sur la Prévoyance professionnelle (LPP). Il semble donc que la situation évolue dans le bon sens, à moyen et à long terme pour les retraités en Suisse. Il y a toutefois un paradoxe.

Alors que nous cherchons de bonnes solutions pour tenter de garantir de bonnes prestations pour les retraités de plus en plus âgés, une tendance lourde incite actuellement les employeurs à se séparer de plus en plus tôt de leurs salariés seniors. Cette catégorie d’employés aux salaires souvent confortables coûte cher aux entreprises, qui doivent faire face à davantage de concurrence, à la valeur extérieure du franc, la fin du secret bancaire et bien d’autres paramètres... Les employés de plus de 55 ans sont plus facilement licenciés au profit de jeunes employés, dont les salaires sont nettement plus bas et les contributions au 2e pilier bien moins onéreuses.

La retraite anticipée est bien souvent la solution proposée, mais à quel prix pour le futur jeune retraité? S’il opte pour le versement d’une rente de retraite anticipée, possible dès l’âge de 58 ans révolus par la plupart des règlements des caisses de pension, le taux de conversion qui déterminera le montant de sa rente sera nettement diminué par rapport au taux de conversion utilisé pour le calcul de la rente à l’âge de la retraite ordinaire. Ceci est lié à une durée de vie escomptée logiquement plus longue que si la personne prend la rente à 64 ou 65 ans.

De plus le montant du capital accumulé sera nettement plus faible que celui obtenu à l’âge de la retraite puisque plusieurs années de cotisations manqueront, et ce sont les années durant lesquelles le taux de cotisations est le plus élevé.

Enfin le jeune retraité perdra le produit des rendements capitalisés sur son avoir de vieillesse.

C’est donc une triple peine pour l’assuré. Il doit impérativement s’informer auprès de sa caisse de pension avant de prendre quelconque décision.

En outre, la rente de retraite anticipée de l’AVS n’est possible que 2 années maximum avant l’âge légal.

La perte est de 6,8% de rente pour 1 année et de 13,6% pour 2 années d’anticipation.

Le jeune retraité devra en plus poursuivre obligatoirement le paiement des cotisations à l’AVS jusqu’à l’âge ordinaire de la retraite. La base de calcul pour déterminer le taux de cotisation est le montant de sa fortune, des revenus de son patrimoine, de son éventuelle rente de retraite anticipée du 2e pilier. Les revenus sont capitalisés avec un facteur X 20. La cotisation annuelle est comprise entre 460 francs et 24.000 francs.

La retraite anticipée coûte finalement très cher et la décision de ce choix ne peut pas être prise dans la précipitation.

Bien souvent, l’employé n’apprend que tardivement son licenciement, et toujours avec les conséquences émotionnelles que l’on peut imaginer.

Or le choix doit être fait avant que le contrat de travail soit définitivement éteint, sinon le droit à la retraite anticipée s’éteint et l’avoir de vieillesse accumulé est transformé en prestation de libre passage, sans possibilité de convertir en rente dans le cadre légal de la prévoyance professionnelle.

Il fut un temps où les entreprises proposaient des avantages intéressants aux employés seniors qu’elles licenciaient: confortables indemnités de départ, pont AVS, …

Cette époque est maintenant révolue et les indemnités sont limitées, les ponts AVS oubliés.

Le jeune retraité doit donc faire une analyse précise de ses moyens, de ses besoins, s’informer sur d’autres choix proposés par le vaste marché de la prévoyance.

Et nous ne pouvons que lui conseiller d’anticiper la retraite anticipée: les rachats d’années de contributions, y compris pour la retraite anticipée sont aujourd’hui possibles dans la plupart des caisses de pension. Ils font l’objet d’avantages fiscaux substantiels. 

*B.C.D.T. & Associés, Université de Genève.

Inspiré d’une présentation jeudi soir à Genève.






 
 

AGEFI



...