Multinationales: signal important

lundi, 29.02.2016

François Schaller

L’ampleur ce week-end de l’échec de l’initiative populaire contre la spéculation sur les denrées est un nouveau signal important de la place industrielle et de services à destination des multinationales: les initiatives anti-économiques peuvent se multiplier, les Suisses ne veulent pas prendre le risque de déstabiliser leur enviable prospérité, garante d’un des systèmes sociaux les plus généreux du monde.

Cela dit, il semble assez clair que si le texte soumis au scrutin n’a jamais donné l’impression de pouvoir s’imposer, c’est en premier lieu parce qu’il était issu des Jeunes Socialistes (avec l’appui de quelques organisations non gouvernementales). La gauche ne parvient plus guère à faire passer des initiatives fédérales depuis longtemps. C’est dire si les Jeunes Socialistes ont encore du chemin à faire avant de passer pour dangereux.  Il ne faut pourtant pas se faire d’illusions. Ni se sentir complètement rassuré sur l’avenir. Sur un thème aussi émotionnel et mal connoté que la spéculation, la même initiative venue de droite, des Jeunes UDC par exemple, aurait pu être soutenue bien plus largement. Par toute la gauche en particulier, comme ce fut le cas de l’initiative Minder en mars 2003 (acceptée à près de 70% des votants). Or, le texte rejeté hier était tout à fait en phase avec ce que défendent à peu près toutes les formations populistes d’Europe, dont le Front national en France.

L’acceptation assez nette d’un second tunnel routier au Gothard est assez surprenante sachant que des cantons alpins qui avaient vivement soutenu l’Initiative des Alpes au début des années 1990 se sont rangés du côté des gothardistes. On pourra toujours se dire que les questions de sécurité, en soi très sensibles, ont finalement fait pencher l’électorat. Mais  il est aussi possible de penser que ce vote vient plus sérieusement faire évoluer les choix d’il y a bientôt 25 ans, avec un précieux recul.

L’idéal de ferroutage qui animait les partisans du transfert de la route au rail ne s’étant finalement pas réalisé avec la construction du tunnel de base, des ajustements sont nécessaires en attendant qu’il se concrétise enfin avec des équipements à la hauteur et de grandes surfaces d’embarquement et de débarquement aux frontières (Bâle et Chiasso).

Personne ne sait non plus quelle sera l’idéologie, ni la politique de transports de l’Union Européenne dans une génération. Avec des cycles de construction qui dépassent les dix ans, rendant toute véritable réactivité impossible, autant anticiper de la manière la plus neutre possible. Le second tunnel routier sera susceptible de tenir plusieurs rôles successifs. Dont celui de mettre fin aux légendaires bouchons du Gothard, moyennant un nouveau vote politiquement difficile pour permettre enfin la circulation bidirectionnelle dans deux tubes. En attendant toujours le saint ferroutage, peut-être obligatoire, des poids lourds et voitures de tourisme à des prix abordables, comme au Lötschberg et sous la Manche actuellement.

Plus encore que le référendum sur le second tube routier du Gothard, l’initiative UDC sur le renvoi des criminels étrangers avait une dimension évidente de politique étrangère, orientée Union Européenne en particulier. D’où la mobilisation remarquée des milieux économiques et de la société dite «civile». Le résultat atteint un niveau de rejet inespéré. Une acceptation n’aurait pas changé grand-chose à des relations déjà compliquées à l’extrême avec Bruxelles, et l’application eût sans doute cherché à réduire l’automaticité des expulsions. Mais ce refus évite surtout un nouveau psychodrame national de ceux dont la répétition depuis les années 1990 laisse songeur sur le bon sens, le pragmatisme et la cohésion des Suisses.

Ce vote est une nouvelle défaite pour l’UDC, dont on a tendance à ne retenir que les rares victoires thématiques. Ce n’est certainement pas un échec total. Très approfondi, le long débat a sensibilisé une seconde fois l’opinion aux mesures d’expulsion pour raisons de délinquance. Il est probable que cette partie des verdicts de justice va focaliser l’attention du public, des médias et des juges pendant des années. Rendant particulièrement importante l’application au cas par cas de l’initiative pour le renvoi des étrangers criminels de 2010. Venant rappeler aussi que jusque dans les années 1980, à peu près tous les jugements pénaux portant sur des ressortissants étrangers étaient assortis de mesures d’expulsion limitées dans le temps. Sans que cela ne suscite de grandes indignations.  

Même soutenue officiellement par l’UDC, l’initiative des démocrates-chrétiens (PDC) sur la fiscalité des couples mariés a finalement été le seul suspense de la journée d’hier. Très bien placée dans les sondages en début de campagne, acceptée dans 17 cantons, l’initiative a apparemment fini par échouer sur des questions partisanes (bien davantage qu’une définition constitutionnelle du couple qui eût pu être par la suite remise en question à n’importe quel moment).

Rare, l’alliance PDC - UDC, qui ne suffit guère à obtenir en soi de majorité absolue, n’a pas vraiment fonctionné à l’extérieur. On a vu les socialistes déchaînés contre leur allié habituel du centre. Puis ressurgir, dans toute l’épaisseur des rancunes accumulées, l’antagonisme séculaire des démocrates-chrétiens et des libéraux-radicaux. Pour se rendre compte finalement que les cantons historiquement protestants (avec quelques exceptions dont Neuchâtel) dominent encore et toujours les catholiques. 






 
 

AGEFI



...