ÉDITORIAL. Le premier lot de brut US ira à Cressier

lundi, 04.01.2016

Nicolette de Joncaire

La levée de l’interdiction d’exportation du brut américain coïncide avec un cours du pétrole au plus bas et des marchés internationaux sursaturés. Quel impact aura-t-elle?

La décision répond à une logique historique. Votée en 1975 pour protéger la consommation américaine du premier embargo de l’OPEP, l’interdiction correspondait à une crainte alors nouvelle aux Etats-Unis: celle de manquer de pétrole. L’excédent actuel est de nature à lever cette anxiété même si les réserves pétrolières ne sont pas infinies. Défendue par les Républicains et les lobbys pétroliers, contre l’avis des Démocrates, la fin de l’embargo sur les exportations pétrolières  correspond surtout à une volonté des producteurs de trouver de nouveaux débouchés à une offre interne pléthorique qui a généré des niveaux de stocks encore jamais atteints. Les inventaires atteignent 62,9 millions de barils, et la capacité de stockage se fait rare.

Dans quelle mesure cette levée est-elle associée à l’Accord sur la libéralisation des services (Tisa) entre les Etats-Unis et l’Union européenne, dont on sait aujourd’hui (grâce aux fuites de Wikileaks) qu’il est susceptible de limiter le pouvoir des gouvernements européens de favoriser les énergies renouvelables? Encore difficile de s’en  faire une idée.

On sait seulement que les raffineries européennes sont mieux équipées pour traiter le brut léger issu des schistes que leurs équivalentes américaines. L’Agefi est d’ailleurs en mesure d’affirmer que le tout premier lot de brut quittant le sol américain début janvier pour l’Europe sera destiné à la raffinerie de Neuchâtel-Cressier, propriété de Varo Energy (un partenariat du groupe Vitol). Dès cette semaine, Enterprise Partners chargera 600.000 barils de pétrole brut léger non sulfureux pompés au Texas à destination de la Suisse.

Cette mesure confirme le renversement des flux pétroliers. Après avoir perdu aux Etats-Unis son principal marché de l’essence, et subi une concurrence sévère sur les produits pétrochimiques, l’Europe importera du brut américain. Elle annonce aussi de nouvelles mutations. Affaiblis par la politique de l’OPEP, menée par l’Arabie saoudite, les producteurs américains manifestent leur intention de reprendre des parts sur un marché dont le contrôle menaçait de leur échapper.n



 
 
 

Agrandir page UNE

agefi_2016-01-04_lun_01

Testez notre nouvelle App smartphone




...