Le dollar? Toujours «as good as gold»

vendredi, 27.11.2015

La devise américaine est plus forte en termes effectifs qu’il ne l’a jamais été depuis le début des années 2000.

Henri Schwamm*

Henri Schwamm

Le creusement du déficit courant américain dans les années 2000, puis le fait que la crise financière est née dans le secteur immobilier américain (crise des subprimes) laissaient présager une poursuite de la dépréciation de la devise américaine. Or, le dollar s’est apprécié en pleine tourmente financière. Et, sept ans après la faillite de Lehman Brothers, le dollar est plus fort en termes effectifs qu’il ne l’a jamais été depuis le début des années 2000. Ce paradoxe suggère que le lien entre politique monétaire et taux de change est particulièrement complexe et que d’autres facteurs peuvent influencer le cours du dollar.

Trois économistes de la Banque de France (Matthieu Bussière, Magali Gilliot et Vincent Grossmann-Würth) ont expliqué ce paradoxe et analysé ces autres facteurs. Si le mouvement d’appréciation récent de la devise américaine est à rapprocher du décalage des cycles économiques, la bonne tenue du dollar depuis le début de la crise financière tient aussi à son rôle international, et plus particulièrement à son statut de valeur refuge. Le dollar est en effet resté prédominant dans le système monétaire international, plus de quarante ans après la fin du système de Bretton Woods. Il occupe toujours, et de loin, la première place en part des transactions effectuées sur le marché des changes, en pourcentage des réserves mondiales, ou encore en ce qui concerne les paiements internationaux effectués pour l’achat de biens ou d’actifs financiers. Par ailleurs, les Etats-Unis bénéficient du «privilège» que Valéry Giscard d’Estaing jugeait «exorbitant» de s’endetter dans la monnaie internationale dominante, ce qui leur permet de financer plus aisément leur déficit extérieur, sans craindre une dépréciation de leur devise. Enfin, les Etats-Unis restent le fournisseur d’actifs sans risque dominant au niveau mondial, ce qui explique pourquoi les périodes de crise voient les capitaux internationaux affluer massivement dans le pays et le dollar s’apprécier en conséquence. Cette position implique cependant une responsabilité particulière vis-à-vis du reste du monde en matière de fourniture internationale de liquidités, qui s’est notamment matérialisée sous la forme de lignes de swaps entre banques centrales.

Au total, les économistes de la Banque de France expliquent la bonne tenue du dollar depuis la crise – cumulant avec les évolutions récentes – par deux facteurs principaux:

1) la devise américaine a fluctué au gré de l’orientation des politiques monétaires des principales banques centrales et de l’aversion pour le risque, qui tend à renforcer le dollar du fait de son statut de valeur refuge;

2) ce statut tient au rôle prédominant du dollar dans le système monétaire international qui n’a pas été remis en cause par la crise.

Nombre de preuves et d’exemples témoignent du statut de monnaie dominante du dollar dans tous les compartiments de l’économie: les Etats-Unis sont la première puissance mondiale. À ce seul titre, ils contribuent en grande partie à la prédominance de leur monnaie. Les Etats-Unis sont un pays très ouvert et où règne une grande sécurité juridique: le dollar est librement convertible et les risques d’expropriation sont très faibles. Le poids du pays dans les échanges commerciaux internationaux et la production mondiale est considérable. L’emploi y croît fortement, l’inflation y est faible et stable. La domination du dollar sur les marchés financiers n’est pas non plus remise en cause: le dollar demeure la monnaie centrale des transactions de change. 90% de l’ensemble des opérations de change avaient comme contrepartie le dollar en 2014. Enfin, le dollar reste la principale monnaie de transactions interbancaires transfrontières en devises étrangères de facturation et de règlement des opérations d’import-export au niveau mondial. Pour de nombreux pays, il est as good as gold.

Son rôle futur dépend avant tout de la confiance des gouvernements étrangers dans le maintien de la stabilité politique et des prix aux Etats-Unis, ainsi que dans la fiabilité de l’ancrage monétaire qui incite des gouvernements tels que celui de la Chine à préserver leur ancrage au dollar et à poursuivre indéfiniment leur politique d’accumulation de réserves en dollars. L’augmentation du poids économique des pays exportateurs d’Asie du Sud-Est, dans la mesure où elle dépasserait celui des Etats-Unis, pourrait toutefois mettre en cause la suprématie de la devise américaine.

* Université de Genève






 
 

AGEFI



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