L’industrie connectée

mercredi, 12.08.2015

Série Smartwatch (4/6).

Xavier Comtesse*

Il ne faut pas croire que la montre connectée soit une montre! Certes elle a l’allure d’une montre, se porte au poignet et donne l’heure mais c’est tout. Une montre connectée est avant tout un objet de communication. Ce qui la distingue vraiment, ce sont les différents modes embarqués de communication. Que se soit une carte «SIM», un Bluetooth de type base consommation ou encore des liaisons NFC (communication de champ proche), la montre connectée communique avant tout.

C’est pourquoi son architecture intérieure est très différente de la montre classique. Qu’elle soit mécanique ou à quartz, la montre tourne essentiellement autour de son calibre, de son moteur. Le mouvement dicte sa loi. Le reste est habillage. Les horlogers vous diront le contraire car ils ont une véritable passion pour les complications, l’esthétisme et la mécanique mais in fine l’essence même de la montre est de donner l’heure. Cela aussi tous les objets connectés sont capables de le faire mieux qu’une montre car ils sont toujours à l’heure quel que soit le lieu sur terre (fuseau horaire) ou le moment de l’année (heure d’été ou d’hiver). Ils suivent l’heure nucléaire car ils sont connectés à celle-ci.

C’est maintenant la fin de la longue quête de la précision qui aura duré plusieurs siècles pour les horlogers!

Que faire désormais? Dans quelle direction se tourner?

C’est maintenant le temps des écosystèmes, des applications et des complications software; en d’autres termes, c’est l’heure des plateformes pour «apps» en tout genre. Savez-vous qu’il existe déjà plus de mille «apps» pour l’Apple Watch et seulement une trentaine de complications pour tout type de montre mécanique! Si d’autre part, on estime que les iPhone comptent plus d’1,5 millions d’«apps» alors on voit bien la déferlante que va produire les montres connectées.

Demain l’enjeu industriel sera l’écosystème que la montre connectée offrira. Que se soit Androïd, Watch OS2, Tizen de Samsung ou une version en Open Source, la guerre des «Operating Sytem» a commencé. Elle a déjà fait des victimes: Windows de Microsoft ou Symbia de Nokia n’ont pour ainsi dire plus aucune chance. Les Suisses n’ont plus car ils n’ont développé de plateforme!

Mais pourquoi est-ce si important?

Les systèmes d’exploitation sont les moteurs «soft» des objets connectés. Si vous y mettez votre moteur alors vous contrôlez les achats d’applications. L’enjeu est d’avoir la main sur le tiroir caisse. Cela ne sert à rien de vendre des montres connectées comme la Swatch Touch Zero One si vous n’avez pas mis en place un écosystème pour vendre du logiciel. C’est cela le business. Ce n’est pas l’objet l’enjeu commercial, ce sont les fonctionnalités («apps») que l’on peut acheter sur une plateforme Internet de vente comme le font Apple Store ou Google Store. Car le software va dégager les vraies marges qui font que cette industrie produit les meilleurs bénéfices au monde. A la lumière de ce bouleversement, il est grand temps de repenser le modèle économique de toute l’horlogerie suisse.

* Watch & Manufacture

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