L’avenir de l’euro décrypté par un théoricien libéral allemand

mardi, 07.07.2015

Le professeur Hans-Werner Sinn n’y va pas par quatre chemins. L’euro est, pour lui, un projet politique contraire aux lois économiques.

Henri Schwamm*

Henri Schwamm. Université de Genève.

La banque privée saint-galloise Notenstein a demandé son avis sur l’avenir de l’euro au professeur Hans-Werner Sinn, un des économistes libéraux allemands les plus estimés et influents.

Il n’y va pas par quatre chemins: pour lui, l’euro est un projet politique contraire aux lois économiques. Le désir politique d’union et les forces économiques centrifuges sont inconciliables à long terme. Pour ce qui est de l’avenir de l’euro, Hans-Werner Sinn distingue entre un instantané, un moyen terme et une perspective historique. Pour le moment, les pays membres de l’UEM estiment qu’ils contrôlent la situation. Par rapport à la Grèce, ils achèteront plus de temps avec encore plus d’argent. La politique des taux d’intérêt zéro maintiendra l’euro à un niveau bas et stimulera les exportations. À moyen terme, les ennuis commenceront quand les effets négatifs de la politique des taux zéro apparaîtront. Le scientifique allemand pense surtout aux investissements gigantesques qui résultent de l’absence d’un véritable taux d’intérêt. Les instances publiques d’Europe du Sud engloutiront encore plus de capital. Les banques et les caisses d’épargne du Nord connaîtront des difficultés au même titre que les assureurs vie parce que leurs modèles d’affaires ne fonctionnent plus.

À long terme, Hans-Werner Sinn imagine deux scénarios. Dans le premier cas, l’euro survivra, dans le second cas, il disparaîtra. Dans le premier cas, l’Europe se dirigera lentement mais sûrement vers une union de transferts (Transferunion) et les crédits de sauvetage actuels se transformeront progressivement en transferts durables aux pays non compétitifs. Economiquement, une union de transferts se traduit par une productivité moindre, une compétitivité réduite, une croissance en berne et une monnaie faible. En raison des structures de pouvoir asymétriques en Europe, on aboutira à un fort transfert de revenus Nord-Sud. Le Sud de l’Europe s’encroûtera et mènera une existence alimentée avec un niveau de vie supportable, mais sans dynamique. L’Allemagne et d’autres pays du Nord, en plus des charges démographiques dues aux baby-boomers atteignant l’âge de la retraite, pâtiront des conséquences du système européen de transferts. Avant l’entrée en vigueur de l’euro, l’Allemagne avait la chance de se doter de structures comme la Suisse et de s’assurer un solide bien-être. Cette chance, elle ne l’aura plus. Il va falloir qu’elle se contente d’une condition moyenne.

Dans le deuxième scénario, la zone euro se dissoudra dans la discorde. Trop de pays argueront de la communauté de responsabilité (solidarité), issue de l’architecture de sauvetage et qui réduit les spreads des taux d’intérêt, pour s’endetter excessivement. L’endettement croissant qui en résultera et la moins grande disponibilité à rembourser les dettes créeront des tensions auxquelles l’euro ne résistera pas.

Pour mieux convaincre, l’auteur compare la situation européenne et la situation américaine. La Californie, le Minnesota et l’Illinois sont au bord de la faillite. Ils ne peuvent pourtant pas attendre d’aide de l’Etat fédéral. Et la Fed n’achète pas des obligations des Etats de l’Union. Si l’on transportait la Banque centrale européenne en Amérique, elle achèterait des obligations californiennes de la même façon qu’au titre du Securities-Market-Programme (SMP) elle a acheté des obligations des pays européens en crise. Et que ferait la Californie? Au lieu de se serrer la ceinture, elle émettrait de nouvelles reconnaissances de dettes. Or, aucun ordre économique ne peut vivre avec des restrictions budgétaires souples. Il a besoin d’une discipline de dépense stricte. C’est l’alpha et l’oméga que les nouveaux Keynésiens qui se répandent dans les gouvernements occidentaux et dans les institutions internationales nient catégoriquement. Le keynésianisme est si populaire parce qu’en s’en réclamant on peut vivre, en toute bonne conscience, aux frais des générations futures qui n’ont pas encore le droit de voter.

* Université de Genève






 
 

AGEFI




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