Des Chinois sur la trace de leurs avoirs à Genève

lundi, 01.06.2015

API Premiere Swiss. Des investisseurs ont perdu 1,2 milliard de dollars dans un trust local.

Mohammad Farrokh

Ils étaient vingt-quatre, venus de Chine continentale pour tenter de faire la lumière sur ce qui est arrivé à leurs fonds et à ceux de quelque 40.000 petits investisseurs de la République populaire. Ensemble, ils affirment avoir placé 1,2 milliard de dollars à l’enseigne d’API Premiere Swiss Trust AG. Sans nouvelle de leurs avoirs, ils ont envoyé une délégation à Genève, qui s’est présentée à la permanence de l’Ordre des avocats. C’était le 25 mars, se souvient Franco Foglia, qui était de piquet ce jour-là. L’objectif, aux termes du mémoire qu’ils ont préparé en chinois et en anglais? «Faire apparaître la fraude, arrêter les criminels impliqués dans l’affaire, et récupérer les fonds investis».

Les faits sont peu clairs. Le 6 janvier dernier, des opérations en dollars américains et australiens réalisées selon le système de trading algorythmique d’API auraient entraîné des pertes considérables sur les avoirs des clients. API aurait fait une déclaration attribuant les pertes à des hackers. Les clients lésés affirment pour leur part avoir perdu tout contact avec les représentants d’API. Les actionnaires de la société semblent avoir déserté le quartier-général genevois, et le représentant d’API en Chine aurait démissionné du bureau de Hong Kong en raison de l’affaire.

Les bureaux d’API Premiere Swiss Trust à la rue Adrien-Lachenal répondent toujours. Deux personnes y travaillent en se disant occupées à des tâches administratives, mais sans vraiment connaître la société. Il faut s’adresser à Hong Kong. Un courriel envoyé à l’adresse internet d’API reste sans réponse.

Les relations entre API et ses clients chinois semblent pourtant avoir connu des temps meilleurs. Le 19 mai 2014, à en croire le mémoire, 300 (trois cents) d’entre eux répartis en six groupes ont visité le quartier général d’API en Suisse, accompagnés d’employés du bureau de Hong Kong.

Pas de nouvelle en revanche des cinq executives de la société, dont deux ont des noms à consonance chinoise. Lors de la mémorable visite, ceux-ci posaient pourtant tout sourire avec leurs  clients chinois.

A l’époque, un compte UBS e-banking a été montré aux clients pour faire apparaître un solde courant de 332 millions de dollars. «Nous voulons connaître la situation actuelle de ce compte», insiste le mémoire.

Ce document évoque aussi une visite à une forex trade room: «On nous a dit que API faisait ses opérations de forex via FXCM, City-Bank, MIG Bank et Saxo Bank. Nous voulons maintenant savoir si ces opérations étaient réelles ou non.»

Quoi qu’il en soit, les opérations et les montants en cause sont considérables pour une société créée le 8 janvier 2013 (date de la publication des statuts dans la Feuille officielle suisse du commerce) sous la forme d’une société à responsabilité limitée avec un capital de 20.000 francs dont le but est indiqué comme «gestion de biens mobiliers; toutes opérations de placement, notamment financières pour le  compte de tiers».

Le 4 août 2014, API annonçait sa fusion avec Premiere Swiss Trust AG pour donner naissance à API Premiere Swiss Trust. «Le changement de nom sera effectif dans les deux semaines auprès du registre suisse du commerce et la Finma», était-il précisé.

Le 16 janvier, la Finma a publié un communiqué pour démentir cette information. Informée de la démarche des clients chinois, la Finma a par la suite également appelé Franco Foglia pour lui demander des précisions sur ces visiteurs venus de loin.

Tout était fait pour inspirer confiance, et il est vrai que les dirigeants de la société pouvaient se baser sur un préjugé favorable, comme le confirme Yann Lam, un avocat genevois qui connaît bien la Chine: «La Suisse y est connue comme un pays de précision, de propreté et de qualité».  

Une réputation certainement  mise à mal auprès les clients chinois d’API... Reste à savoir quelle sera la suite donnée à l’affaire. Les clients venus à Genève sont retournés en Chine, vraisemblablement pour informer et se concerter, sans intenter immédiatement une action en justice (la Finma est en revanche au courant). Et pour essayer de sauver ce qui peut l’être. A noter que d’autres malversations supposées dont sont victimes des clients chinois sont connues de la justice genevoise, qui instruit une autre affaire concernant des investisseurs de Hong Kong.n






 
 

AGEFI




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