Le phénomène Guillaume Barazzone

lundi, 30.03.2015

Genève. Le jeune politicien fait beaucoup parler de lui. Au-delà de son canton.

Guillaume Barazzone (conseiller national PDC et conseiller administratif de la Ville de Genève)

Récemment nommé membre du cercle très fermé des Young Global Leaders du World Economic Forum et désigné parlementaire genevois le plus influent à l’Assemblée fédérale par le magazine L’Hebdo, le jeune conseiller national et conseiller administratif de la Ville de Genève Guillaume Barazzone est décidément partout. A 33 ans, le démocrate-chrétien a l’art et la manière de faire parler de lui. Surtout en bien. Licencié en droit à l’Université de Genève, titulaire d’un master en droit de la Columbia Law School de New York, Guillaume Barazzone a exercé pendant huit ans la profession d’avocat. En 2012, à la faveur d’une élection partielle au Conseil administratif de la Ville de Genève pour remplacer Pierre Maudet, élu conseiller d’Etat, celui qui était alors député reprend à 30 ans le Dicastère de l’environnement urbain et de la sécurité. Vient-ensuite sur la liste de son parti pour le Conseil national, il remplace en décembre 2013 son collègue Luc Barthassat, tout juste désigné au Conseil d’Etat.

«A courir deux lièvres à la fois, on risque de n’en attraper aucun», professent certains adversaires de Guillaume Barazzone. Y compris au sein d’une frange marginale de son parti. Il est vrai qu’à Genève, les doubles mandats sont peu appréciés. En 2010, la population accepte d’interdire aux conseillers d’Etat la possibilité de siéger simultanément à l’Assemblée fédérale. Le démocrate-chrétien sera-t-il sanctionné par les électeurs? Un premier élément de réponse sera donné le 19 avril, au soir du premier tour des élections municipales. Puisque Guillaume Barazzone est candidat à sa réélection en Ville de Genève. Pour le verdict définitif, il faudra sans doute attendre le second tour, soit le 10 mai. Compte-t-il se représenter également au Conseil national? Le jeune politicien se garde bien d’arrêter sa décision publiquement. Laissant entendre qu’il se concentre d’abord sur son mandat de conseiller administratif. Mais il ne laissera probablement pas passer l’opportunité de continuer à se rendre sous la Coupole. Bien que son cumul des mandats ne fasse pas l’unanimité (son fort absentéisme au National lui est souvent reproché), Guillaume Barazzone se présente comme un ambassadeur des intérêts de la Ville de Genève auprès de la Berne fédérale. Et il aurait tort de s’en priver, puisqu’en se profilant ainsi, il occupe une place traditionnellement laissée vacante par les autorités genevoises. Il y a du côté de Genève une réelle difficulté à tisser des liens très étroits avec la capitale fédérale. Tant sur le plan de la Ville que du canton. Le démocrate-chrétien n’hésite d’ailleurs pas à se battre pour faire aboutir les propositions de ses prédécesseurs. Bénéficiant du même coup des retombées positives d’un éventuel succès. A l’image de la motion de son collègue Luc Barthassat en faveur d’une journée de la Genève internationale, acceptée il y a quelques mois par l’Assemblée fédérale.

Le secret de Guillaume Barazzone? Un sens aigu du réseau et une maîtrise millimétrée (comme son prédécesseur) de la communication. L’élu démocrate-chrétien sait s’entourer des personnes influentes et possède une aisance évidente pour saisir les occasions de se faire voir. Depuis son entrée en fonction, Barazzone n’a cessé de donner des couleurs plus vertes à la Ville de Genève à travers des arrangements floraux très visibles. Une manière d’être indirectement présent sur la voie publique. Et surtout l’essentiel: des mesures visibles.

Il ose aussi bouleverser les vielles habitudes. Preuve en est son bilan sous forme de clip de campagne publié sur Youtube fin janvier. A aucun moment une photo de l’intéressé n’apparaît. Mais le message est clair et travaillé. A priori, ça marche: près de 60.000 vues en deux mois. «Il a les moyens», affirme-t-on volontiers dans les rangs adverses. Sans doute. Le jeune politicien représente une nouvelle génération: celle de la communication politique professionnalisée et de la volonté décomplexée. Les nouvelles technologies offrent aujourd’hui des opportunités jamais égalées en termes de présence médiatique. La parole publique semble toujours plus dévoyée à cause de l’omniprésence des instruments de communication et revêt paradoxalement une importance encore plus complexe: maîtrisée, les effets qu’elle produit peuvent être très efficaces. Surtout à l’heure où la population se cherche des leaders auxquels s’identifier. Par sa capacité à comprendre et à utiliser les nouveaux canaux de communication à son avantage, Guillaume Barazzone est à lui seul un phénomène.


 

 
 

 
 
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