Bien peu de temps pour convaincre

vendredi, 16.01.2015

François Schaller

Avant de penser que la décision de la Banque nationale (BNS) d’abandonner brusquement et complètement le plancher du franc contre euro est consternante, c’est-à-dire que l’immense surprise provoque déception, désolation et abattement, contentons-nous de dire qu’elle est simplement stupéfiante: les explications données hier à 13h15 en conférence de presse (une heure et demie après l’annonce), sont éventuellement compréhensibles, bien qu’elles mettront encore quelques jours à quelques semaines pour convaincre. Les perspectives sur l’euro sont devenues tellement mauvaises que la création de francs pour en empêcher le renchérissement s’avère finalement sans issue. Peut-être pas par rapport aux problèmes de bilan de la BNS (très souvent évoqués depuis 2011), mais sur le plan des risques de contrecoup inflationniste: le président Thomas Jordan a rappelé solennellement hier, pour la première fois depuis longtemps, que la première mission de la Banque nationale était d’assurer la stabilité des prix (sous-entendu: avant les changes). Contre la hausse et contre la baisse. C’est ce second scénario, la déflation, menaçant pour l’Europe, qui semble s’éloigner en Suisse parce que l’économie mondiale bénéficie des prix du pétrole pour se ressaisir. L’industrie d’exportation devrait en bénéficier cette année.  

Les deux éléments nouveaux évoqués hier à Zurich sont la baisse du pétrole et la hausse du dollar. Le second laisse tout d’un coup penser que nous sommes entrés dans une phase dans laquelle la devise américaine serait devenue plus importante que l’euro pour la Suisse. Il n’est pas certain toutefois que la Banque nationale soit au clair à ce sujet. Cette lourde décision laisse plutôt penser qu’elle a choisi d’abandonner le plancher pour laisser agir le marché pendant un certain temps, avant de refixer éventuellement une autre limite plus tard, tenant mieux compte du dollar.

Ce revirement donne raison à celles et ceux qui ont proclamé depuis 2011que la politique de plancher ne serait pas tenable très longtemps. Les taux négatifs n’eussent-ils pas représenté d’emblée une meilleure solution? Ce n’est évidemment pas très positif du point de vue de la crédibilité de l’institution. A moins que les faits lui donnent raison assez vite, par rapport aux effets de refuge monétaire et de spéculation en particulier.

La direction de la BNS fait en tout cas preuve d’un sens remarquable de l’indépendance et du courage. Sachant que le surcoût monétaire des exportations a déjà atteint 30% dans la journée d’hier, elle a osé dire que l’industrie avait eu le temps de faire les ajustements structurels nécessaires depuis trois ans. Les protestations les plus vives, les plus acerbes, ne vont probablement pas cesser pendant une période qui semblera interminable. Si cette affaire réussit, c’est de génie dont il faudra parler.






 
 

AGEFI



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