Liberté d’expression et responsabilité sociale

mardi, 13.01.2015

La première ne vaut dans l’absolu que si elle s’accompagne de la seconde dans son usage.

Pierre bessard

Les événements tragiques de Paris ont invité à une réflexion sur la liberté d’expression. Et si aucune provocation par les mots ou l’image ne peut jamais justifier d’y répondre par les armes, il convient de s’interroger, avec un peu de recul, sur l’usage de ladite liberté dans une société civilisée. Il ne fait aucun doute que la liberté de pensée, la liberté scientifique, la liberté d’expression et d’émission de la pensée sont des valeurs fondamentales qui ont permis à l’humanité les progrès spectaculaires réalisés notamment depuis les Lumières et la révolution industrielle. La liberté a conduit à une augmentation vertigineuse des niveaux de vie et à une espérance de vie qui a plus que doublé en deux siècles. Si le débat n’avait pas été libre, jamais ces avancées n’auraient été possibles. Cela vaut aussi sur les questions de société: l’égalité en droit des hommes et des femmes, la liberté de conscience, la séparation complète entre les religions et l’État, la liberté d’entreprendre et d’échanger, le respect et la tolérance envers les personnes de convictions politiques ou religieuses ou de préférences sexuelles minoritaires, la liberté de la recherche et de la diffusion du savoir, la liberté de se déplacer et de s’établir sont caractéristiques de la civilisation humaine, qui est par définition indissociable de la liberté individuelle, malheureusement encore très fortement réprimée dans de nombreuses régions du monde.

La liberté d’expression, comme tous les autres droits fondamentaux, ne vaut cependant dans l’absolu que si elle s’accompagne de la responsabilité dans son usage. Cela implique d’abord de respecter la liberté d’autrui et de renoncer à recourir à la violence, mais cela implique aussi de faire preuve de la retenue nécessaire dans l’exercice de sa propre liberté, au-delà du seul droit. Dans la communication interpersonnelle, c’est ce qui est généralement appelé la civilité ou la politesse. La civilité et la politesse ne s’apparentent pas à l’autocensure ou à l’hypocrisie: elles ne font que faciliter les rapports humains en société; elles relèvent en quelque sorte d’un pragmatisme consensuel et librement évalué par chacun.


 

 
 

 
 

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