La cohabitation, c’est maintenant

mardi, 26.08.2014

François Schaller

«Nos électeurs attendent de nous une politique réaliste, mais de gauche». Ces termes de la ministre démissionnaire Aurélie Filippetti résument assez bien l’impasse dans laquelle se trouve la France. Ils ne disent pas grand-chose en revanche de l’ampleur du problème. Il n’est ni de gauche, ni de droite. Vu de Suisse, qui en subit chaque jour les conséquences, quelque chose de fondamental ne fonctionne plus en France. Depuis longtemps. Il ne s’agit pas non plus d’institutions. L’histoire contemporaine montre bien que toutes les institutions démocratiques se valent. C’est ce que l’on en fait de manière évolutive et pragmatique qui détermine le succès ou l’échec. Il est incompréhensible que la France, dans l’état économique et social qui est le sien actuellement, se mette tout d’un coup à redessiner ses régions, une bombe politique intérieure pour économiser trois sous. Ou s’en prenne à l’aéroport de Bâle-Mulhouse, entreprise semi-publique et binationale à succès, juste pour prendre le risque de la casser en alourdissant sa fiscalité. La droite en eût été capable aussi.  

La gauche socialiste explose peu après l’éclatement d’une droite gaulliste qui n’avait pas non plus convaincu pendant des années. Le Front national progresse, ce qui représente une incertitude supplémentaire considérable. Les Français ne peuvent pas continuer de s’autodétruire selon des lignes idéologiques et partisanes dont l’inertie fait penser aux tranchées d’il y a cent ans. Au-delà des grands effets rhétoriques, ils ont besoin d’un minimum de cohésion basée sur de discrets compromis intérieurs. D’union nationale, tout simplement. En termes de Ve République - il n’est même plus question de passer à la sixième - la solution d’urgence s’appelle cohabitation. Si possible durable, d’ailleurs. A défaut de résultats spectaculaires à l’époque, les périodes de cohabitation ne sont-elles pas celles qui ont donné l’impression que la politique française se mettait enfin à respirer?

Il est possible que le prochain gouvernement ne trouve plus de majorité à l’Assemblée nationale. La dissolution aboutirait certainement à une cohabitation. Il n’y aurait plus qu’à espérer que le prochain cycle présidentiel et législatif la valide d’emblée. Avec un président de gauche ou de droite, un premier ministre de l’autre bord, des ministres de diverses provenances. Une sorte de grande coalition pour relancer la France.






 
 

AGEFI



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