Bitcoin toi-même

lundi, 07.07.2014

François schaller

Timing sans doute fortuit, mais néanmoins intéressant: en fin de semaine dernière, l’Autorité bancaire européenne à Londres (ABE), régulateur des régulateurs, recommandait aux établissements financiers de ne pas «toucher» au bitcoin ou autres monnaies virtuelles tant qu’elles ne seraient pas encadrées par des règles spécifiques (lire page 22). Une semaine avant, le Conseil fédéral, répondant à des parlementaires, publiait un rapport très complet, établi avec la Banque nationale et l’Autorité de surveillance des marchés (Finma). Le document concluait précisément à l’inutilité d’établir des règles particulières.

Que le bitcoin soit considéré comme de l’argent privé, comme en Allemagne, un simple moyen d’échange comme au Royaume-Uni, un actif imposable comme aux Etats-Unis, il est toujours soumis à des lois et règlements ordinaires (L’Agefi du 26 juin). Il faudrait beaucoup plus qu’un usage très, très marginal pour que l’on se mette à légiférer à part. Et si les instances anti-blanchiment interviennent peu sur les transactions anonymes, c’est qu’elles ont autre chose à faire.

Cette espèce de Swiss finish à l’envers, que 50% de l’opinion considérera a priori comme une bonne chose en Suisse (et 50% comme un mauvais signe d’insoumission anticipée), en dit probablement davantage sur la nature de la régulation que sur celle du bitcoin. ABE ou pas, on voit mal les banques européennes prendre des positions significatives en bitcoin. Les banques suisses en ont-elles en chèques WIR, à part la banque WIR dont le risque systémique prête plutôt à sourire?

Il serait regrettable que l’expérience du bitcoin ne se poursuive pas, étouffée par des régulateurs-castrateurs. Ne serait-ce que pour se terminer d’elle-même, faute de sens. Elle pourrait peut-être contribuer à  une meilleure compréhension de certains phénomènes monétaires. C’est ce que l’on se dit lorsque l’on entend de grands banquiers centraux ironiser sur la dérisoire virtualité du bitcoin, qui ne repose sur rien (celui du Japon a même éclaté de rire, ce qui n’est pas passé inaperçu): «La valeur du bitcoin n’est adossée à aucune activité» (Banque de France dixit). N’est-ce pas mot pour mot ce que le rigorisme monétaire – pas seulement métalliste – reproche de plus en plus aux monnaies contemporaines et à leurs conditions de création?n






 
 

AGEFI



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