Ces Américains qui détruisent le dollar

mardi, 01.07.2014

Nicolette de Joncaire

La seule évocation d’une suspension possible des opérations de BNP Paribas sur le dollar a suffi à lézarder davantage le fondement de l’équilibre fragile qui permet au billet vert de conserver sa place de monnaie de réserve mondiale. Ce qui précipite le mouvement déjà bien engagé vers la multipolarité des échanges internationaux. L’ouverture à Paris d’une chambre de compensation pour le yuan, certes préparée de longue date, prend ici la valeur emblématique d’une coïncidence qui ne doit rien au hasard.

On en vient à se demander pourquoi les Etats-Unis choisissent d’exercer aujourd’hui leur droit territorial sur les échanges internationaux en dollars, alors qu’ils s’en sont abstenus pendant plus de 60 ans avec l’usage des eurodollars par les Sovietiques. Ils s’y sont toutefois décidés il y a quelques mois avec les banques proches de Vladimir Poutine après la sécession de la Crimée.  Mais le cas d’une banque comme BNP Paribas est une toute autre affaire. De par sa taille et son appartenance - voire sa subordination - à un gouvernement supposé ami. Car même les Américains ne peuvent ignorer que les faits reprochés à BNP Paribas, essentiellement entre 2003 et 2009, ont eu lieu alors que le groupe était dirigé par un grand commis de l’Etat français, à la fois responsable de la privatisation de BNP et de la fusion avec Paribas. Un homme alors considéré comme le conseiller le plus influent de la République en matière de politique financière.

Pourquoi donc cette instrumentalisation progressive du dollar à des fins politiques? Impossible de croire à des malentendus entre sphères politique et administrative. Aucun department ne peut prendre seul l’initiative d’actes d’une telle portée sans la validation du gouvernement. D’autant que Michel Barnier, directeur des services financiers de la Commission européenne, parle déjà d’enquêtes visant d’autres banques européennes.

Est-il question de rétablir l’équilibre entre banques américaines (forcément soumises aux embargos) et autres banques, selon le principe maintes fois invoqué du level playing field (certainement déjà en cause avec le secret bancaire)? S’agit-il du sursaut d’un suzerain qui entend rappeler son autorité alors que le dollar perd de la vitesse - il représentait 71% des réserves de change mondiales en 1999 et 61% en 2014 -, sans engager de troupes (une voie coûteuse et impopulaire).

Indépendamment du cas BNP Paribas, ces successions d’événements ne peuvent qu’ébranler davantage encore la confiance dans un dollar, fragilisé par une dette excessive. Et encourager les solutions de rechange.






 
 

AGEFI




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