La balkanisation du Moyen Orient

lundi, 16.06.2014

Mohammad Farrokh

C’est peut-être parce que la production locale de pétrole n’est pas menacée dans l’immédiat que les Etats et marchés financiers ne réagissent guère aux événements en Irak. A moins qu’ils ne prennent absolument pas la mesure de ce qui se passe dans cette région du monde. En 1996, Kaboul tombait aux mains des Talibans. Il a fallu attendre 2001 pour que les conséquences apparaissent clairement. Les choses risquent d’aller beaucoup plus vite aujourd’hui.

En Syrie, les islamistes sunnites radicaux sont à quelques kilomètres de la Méditerranée. Les Occidentaux se demandaient encore il y a peu comment leur venir en aide contre un régime laïc soutenu par la Russie et l’Iran. Ne devrait-on pas, à Washington ou à Paris, revoir des automatismes politiques de toute évidence porteurs d’immenses désastres? Pour autant qu’il soit encore possible de faire quelque chose.  

En Irak, les islamistes contrôlent une région pétrolière qui, depuis quelque temps déjà, écoule son brut indépendamment du gouvernement. On a parlé de 22 milliards de dollars d’exportations sauvages ces derniers mois. Ils contrôlent des banques, disposent d’or et de devises. De quoi financer la guerre. Au Moyen-Orient en général, le risque n’est pas seulement sécuritaire au sens étroit, par la présence de ressortissants européens par exemple. Il s’agit d’une balkanisation en gestation, qui pourrait aussi avoir pour conséquence de pousser des millions de réfugiés vers l’Europe. Faut-il intervenir? A la suite de l’ntervention en Libye, l’insécurité jette chaque jour deux à trois mille migrants sur les côtes italiennes.

Avec l’entrée des islamistes les plus radicaux à Mossoul, un demi-million de personnes ont pris la fuite ces derniers jours. Il reste la Turquie pour faire écran. Mais la Turquie se sent impuissante. Les télévisions diffusent en boucle des scènes catastrophiques se jouant à la frontière sud-est. Et cette Turquie commence à Edirne, ville frontalière avec la Grèce et la Bulgarie. La lire turque perd du terrain, mouvement reflétant l’inquiétude des investisseurs.  Il faut bien que la prise de conscience commence quelque part.






 
 

AGEFI



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