La dimension politique cruciale

jeudi, 20.03.2014

Sébastien Ruche

Réputé pour sa connaissance des dossiers, son expérience des grands groupes bancaires et sa pratique de la surveillance, Mark Branson remplit a priori toutes les conditions pour que sa position de directeur (ad interim) de la Finma soit prochainement confirmée. Sauf que sa nationalité britannique représenterait par la suite un risque politique considérable.

Vu le caractère emblématique du secteur financier suisse et la complexité de sa régulation, il est bien entendu souhaitable que le poste de CEO de l’Autorité de surveillance soit ouvert à des compétences venues du monde entier. C’est probablement l’une des raisons qui ont incité la Finma à faire de Mark Branson son candidat favori. Il semblerait que sa confirmation au poste de CEO ne soit qu’une question de jours ou de semaines. Ce qui ne poserait aucun problème si ce professionnel de haut niveau était canadien ou australien.

Le problème, c’est que la concurrence directe entre la City et la place financière suisse continue de s’intensifier. Si les banques suisses et intermédiaires financiers perdaient des parts de marché au bénéfice de Londres dans les années qui viennent, une Finma dirigée par un Britannique serait fatalement soupçonnée d’avoir participé à une sorte de sabotage.

L’impression domine d’ailleurs en Suisse depuis des années qu’une bonne partie de la régulation bancaire a évolué en favorisant collatéralement la City. Ce qui explique peut-être en partie l’animosité des milieux financiers vis-à-vis du directeur sortant Patrick Raflaub, et de son adjoint Mark Branson (déjà responsable des dossiers bancaires).

Il semble donc important que le directeur de la Finma soit dès le départ au-dessus de tout soupçon sur ce plan. Il ne serait pas négligeable non plus pour la crédibilité et l’acceptation parmi les régulés que l’on ne puisse pas suspecter le nouveau CEO de n’avoir qu’une sensibilité et une connaissance des groupes UBS et Credit Suisse. On a vu jusqu’à fin 2010 avec le président Eugen Haltiner, qui venait aussi d’UBS, que l’on pouvait être très compétent sans être assumable politiquement. Et Haltiner n’était pas soupçonné en plus d’avoir eu des comportements répréhensibles dans le groupe UBS. Il serait vraiment dommage de répéter ce genre  d’erreur. 






 
 

AGEFI



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