Néoprotectionnisme à l’européenne

jeudi, 14.11.2013

François Schaller

Dans son recueil d’articles venant de paraître aux éditions L’Harmattan à Paris, «L’Europe – chronique d’un fiasco économique et politique», notre chroniqueur Michel Santi (lire page 2) ne cesse de blâmer les «austériens», leurs politiques de rigueur fiscale et budgétaire, la sacro-sainte compétitivité et le néolibéralisme «qui ne sait ni ne peut prospérer que sur la désolation sociale». Le propos est archi-ressassé depuis des décennies, mais il émane d’un ancien trader, gérant d’avoirs privés à Genève, conseiller de banques centrales d’Etats en développement. Il vient en quelque sorte de «l’autre camp». C’est le premier intérêt de cet auteur dans la guerre de religion et de tranchées opposant droite et gauche: il est censé savoir de quoi il parle (bien que ce soit de peu d’importance dans un dialogue de sourds).

Les talents de chroniqueur de Michel Santi ne font guère de doutes lorsque l’on se rend compte à la (re)lecture qu’il anticipait il y a plus de deux ans la soudaine et incroyable mobilisation européenne – et même américaine – de ces derniers jours pour convaincre les Allemands que leur goût pour l’exportation est une nuisance du point de vue de l’intérêt général du genre humain (rien à voir donc avec de la jalousie, de l’hypocrisie ou une volonté de brider ceux qui réussissent). Tout le monde sait que l’exportation n’est pas un but en soi, et que la finalité du capitalisme mondialisé passera forcément, en phase de démondialisation, par un rééquilibrage des balances commerciales. Il n’était toutefois pas prévu qu’un processus que l’on devine infiniment complexe et très lent soit initié au pas de charge par de hauts-fonctionnaires internationaux. S’agissant surtout d’une cible aussi importante et sûre d’elle que l’Allemagne.

Le débat est aujourd’hui lancé, et la question sera surtout de s’assurer que la stimulation du marché intérieur allemand par les revenus augmenterait vraiment les importations. Si les Allemands étaient de grands consommateurs, il semble qu’on le saurait depuis longtemps. S’ils se mettaient à épargner les revenus supplémentaires en réponse à la faillite annoncée des systèmes sociaux, ou à consommer local (très tendance actuellement), la baisse tant souhaitée de compétitivité de l’Allemagne ne bénéficierait en définitive à personne. Ni en Europe, ni aux Etats-Unis.






 
 

AGEFI



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