La dissuasion par le ridicule

vendredi, 27.09.2013

François Schaller

Tout portait à penser que l’affaire était terminée. Que la détention préventive, puis la libération conditionnelle de Pierre Condamin-Gerbier avait mis fin à une sorte de feuilleton franco-suisse de l’été. On se rend compte aujourd’hui que la deuxième saison ne fait peut-être que commencer. Sur un thème judiciaire assez innovant: est-ce souhaitable ou non que le dénonciateur improvisé des politiciens français supposés détenir des comptes clandestins en Suisse fasse l’objet d’une procédure pénale simplifiée reposant sur un accord des parties (y compris le Ministère public de la Confédération)? Des voix se sont déjà élevées pour regretter qu’un scénario de ce genre prive le droit d’une précieuse jurisprudence. D’autres s’étonnent que l’on puisse envisager une issue aussi arrangeante alors qu’une commission parlementaire demandait l’autre jour à Berne que les banques soient poursuivies en Suisse lorsqu’elles transgressaient des lois à l’étranger.

Il est vrai que la tentation est grande, et semble légitime de faire un exemple. Ce n’est pas parce que les banques peuvent être critiquables, ou qu’elles sont abondamment critiquées que certaines de leurs ressources humaines (ou ex) peuvent – ou doivent – violer le secret professionnel au nom d’un whistleblowing de circonstance, public et aux motivations douteuses. Pierre Condamin-Gerbier est-il le bon exemple pour autant? Sa personnalité semble tellement étrange et fragile psychologiquement qu’un procès, aboutissant en plus à une peine sévère, serait à coup sûr mal interprété. Transformant le coupable présumé en victime programmée d’un grand complot bancaire orienté vengeance et terreur, avec instrumentalisation éhontée de la justice, complicité de la Confédération, etc.

La question reste ouverte. Si Condamin-Gerbier parvient à bien s’en tirer, on pourra toujours se dire que ses comportements auront au moins eu le mérite involontaire d’avoir changé quelque chose dans les fantasmagories françaises sur la Suisse. Les dignes représentants de l’establishment politique qui l’ont soutenu comme un héros salutaire ont finalement donné l’impression de s’être tellement fourvoyés qu’il sera beaucoup plus difficile, et pendant longtemps, d’énoncer les énormités habituelles sur le coffre-fort helvétique sans s’exposer au ridicule.






 
 

AGEFI




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