La boîte de Pandore est ouverte

jeudi, 22.03.2012

Stéphane gachet

L’horlogerie suisse vient de franchir malgré elle une étape dont on ne mesure forcément pas encore tous les effets. C’est Tag Heuer (LVMH) qui a forcé le pas en annonçant en toute transparence l’accord d’approvisionnement conclu avec le japonais Seiko (lire page 3). On se gardera bien de tirer la moindre conclusion à ce stade, LVMH aura tout à loisir de tester la puissance de sa marque. Tag Heuer crée néanmoins un précédent en métissant l’image de la montre suisse.

Tag Heuer ne brise en aucun cas les critères du swiss made, ni actuels ni à venir - dussent-ils être renforcés à 80% de la valeur de la montre finale, comme le préconise à terme la Fédération horlogère. Tag Heuer ne fait d’ailleurs qu’annoncer de la manière la plus ouverte qui soit ce qui se pratique depuis longtemps sans être jamais avoué. A savoir le recours au savoir-faire asiatique, sur lequel une large partie de l’industrie horlogère s’appuie, en particulier dans l’habillage, boîtes, cadrans, aiguilles, etc. La grande différence est que cette fois, il s’agit d’une partie technique de la montre mécanique (l’assortiment ou organes réglant), désarmant ainsi un bastion emblématique de la mythique qualité suisse. En quelque sorte la réponse du mouton au berger, en l’occurrence à Swatch Group, qui a plus ou moins volontairement acculé Tag Heuer à une telle mesure en resserrant sa politique d’approvisionnement. La logique de Swatch Group ne se discute pas, mais en renonçant à sa position de fournisseur central, le groupe désinvestit de fait tout un pan de l’industrie, et un pan très rentable, surtout vu d’Asie, où le mouvement mécanique se négocie nettement sous les prix pratiqués en Suisse. L’appel d’air est donc évident, on l’a vu récemment avec la reprise de La Joux-Perret par Citizen et on peut s’attendre à ce que cela se reproduise.

La brèche ouverte hier pourrait même accélérer le mouvement. En faisant entrer Seiko dans l’arène du swiss made, Tag Heuer avère l’existence d’alternatives industrielles à haut niveau et affranchit ainsi Swatch Group de tout risque d’abus sa position dominante. L’enquête en cours de la Comco devrait logiquement arriver à cette conclusion, laissant au leader biennois toute la latitude de livrer sur une base volontaire, ce que la direction réclame depuis longtemps.






 
 

AGEFI




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