Commodities: neuvième édition du Trading Forum hier à Genève

mercredi, 22.03.2017

Rendements agricoles et blockchain: le secteur du négoce face aux enjeux de l’évolution technologique.

Nicolette de Joncaire

Pierre Maudet.Il est du devoir du secteur du négoce de faire comprendre la valeur qu'il apporte à la société.

Pour son édition 2017, le Trading Forum, organisé par le Swiss Research Institute on Commodities (SRIC), se penchait hier sur l’évolution du marché en fonction de celle de la technologie. Un vaste sujet abordé sous plusieurs angles.

En premier lieu, et il s’agit là d’un aspect crucial, l’innovation permettra-t-elle d’assurer la sécurité alimentaire d’une population mondiale en hausse de 1,18% annuellement (sur la période 2010-2016) et dont la consommation moyenne par habitant est passée de 2358 à 2940 calories/jour sur les cinquante dernières années? Il semblerait que la réponse soit positive. Selon Gennadiy Shulga de SGS, les multiples technologies d’accroissement des rendements agricoles - précision de l’imagerie des sols, analyse sophistiquée de leur composition, expansion de l’informatique mobile auprès des fermiers, perfectionnement des prévisions météorologiques et automatisation de l’ensemencement et de la fertilisation - devraient assurer une progression suffisante. L’augmentation de la production agricole, de l’ordre de 1,5 à 1,8% par an, devrait rester supérieure à celle de la population. Sur la période 1960-2016, la production de grains a cru en moyenne de 2,83% par an et les stocks des principaux produits (soja, mais, blé) sont largement suffisants pour assurer le tampon nécessaire en temps de récoltes faibles. Reste que la volatilité climatique se dégrade (le coût des désastres naturels a été multiplié par huit entre 1970 et 2000), que l’eau se raréfie (70% des eaux sont utilisées par l’agriculture) et que 1,3 milliards de tonnes d’aliments sont gaspillées chaque année…

Autre grand sujet, la technologie des «registres distribués» plus communément appelée blockchain. Tenue pour très sure en raison de son cryptage puissant et infiniment plus rapide que les procédures traditionnelles du négoce encore largement sur support papier, elle fait son chemin chez BNP Paribas dans l’optimisation des activités de Trade Finance et de Cash Management, sous forme de «produits minimum viables» (de l’anglais minimum viable product ou MVP) c’est-à-dire de développements rapides de logiciels pour usage immédiat sinon perfectionné. Placés dans une blockchain, les «smart contracts» présentent l’avantage de ne pas être modifiables en cours d’exécution ce qui permet de réduire les coûts de vérification, d’exécution et, partant, de fraude et d’arbitrage. Peut-être est-ce même leur raison d’être si, comme le croient certains, le cryptographe et juriste américain Nick Szabo est bien à l’origine du concept comme l’expliquait Olivier Bazin du cabinet Holman Fenwick Willan. Encore faudra-t-il résoudre l’incertitude juridique qui entoure cette technologie, voire définir une autorité internationale en charge des aspects normatifs du même type que l’ICANN qui chapeaute l’adressage internet. De manière plus générale, la digitalisation sécurise les flux. Une constatation que confirmait Erik Bay Gundersen, responsable des métaux industriels chez Mercuria Energy, en reconnaissant toutefois qu’en matière de négoce physique, la confiance fondée sur le rapport personnel reste la règle.

Ce n’était pas de technologie mais de géopolitique que parlait David Fyfe de Gunvor en évoquant le prix des énergies fossiles. Entre sous-production au Nigeria et en Libye, résurgence des productions iranienne et irakiennes, futilité des sanctions vis-à-vis de la Russie, changement de la garde en Arabie saoudite et accords entre OPEP et non-OPEP, l’équilibre pétrolier semble mener à une hausse des prix, encore tenue à distance par de larges stocks qui pourraient cependant fondre rapidement. La moindre tension sur la demande asiatique (qui représente 95% des hausses de la demande) peut néanmoins forcer une révision de toutes les prévisions actuelles.

Il ne saurait y avoir de conférence sur le négoce sans que soient abordée la question des droits humains, sujet couvert par Christine Kaufmann, présidente du Centre for Human Rights Studies de l’Université de Zurich. Au-delà des législations qui foisonnent aujourd’hui dans ce domaine, elle en appelait à un retour au respect des valeurs morales sous-jacentes, à un rapprochement avec la réalité de terrain et à une collaboration sur le partage des expériences.

Comme le rappelait le conseiller d’Etat Pierre Maudet, le secteur du négoce contribue pour 22% aux recettes de l’Etat de Genève. Il est de son devoir de faire comprendre la valeur qu’il apporte à la société. Le code de conduite dont vient de se doter le STSA, sous l’égide de Stéphane Graber, est un jalon important pour la place suisse car c’est largement à Genève que s’élabore la codification mondiale du comportement du négoce. Un point de vue renforcé par Blaise Goetschin, CEO de la Banque cantonale de Genève (BCGE) pour lequel les contraintes de durabilité et de respect des droits humains doivent être une priorité absolue du secteur.n



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