Début d’un géant des solutions d’eau

vendredi, 10.06.2016

Eden Springs. Le partenariat avec le leader Cott ne remet pas en question sa présence en Suisse. Le dirigeant du groupe donne sa vision.

Interview: Conrad Bertez

Raanan Zilberman, CEO de Eden Springs depuis douze ans.

Eden Springs, l’entreprise des solutions d’eau et de café pour les enterprises et les particuliers a annoncé mercredi son acquisition par le groupe canadien Cott, numéro un du même secteur aux Etats-Unis (L’Agefi du 8 juin). Fondée dans les années 80 en Israel, Eden Springs s‘est installée en Suisse à Prévenges à la fin des années 1990 et, au fil de nombreuses acquisitions, est rapidement devenue le numéro un européen des solutions d’eau et de café avec une présence dans dix-huit marchés. C’est d’ailleurs Eden Springs qui a racheté le numéro deux Suisse du secteur, Edelvia, en 2012, Raanan Zilberman, le CEO de Eden Springs qui dirige la compagnie depuis douze ans s’explique sur la reprise de l’entreprise par Cott pour 470 millions d’euros.

Quelles sont les modalités de l’acquisition et du financement de l’opération, et des actionnaires d’Eden Springs autres que Rhône?

C’est une simple opération. L’acquisition par Rhône il y a trois ans était un leveraged buyout typique. Rhône a couplé les intérêts de la gérance d’Eden Springs au sien en partageant le capital de la société. La gérance d’Eden Springs est aussi actionnaire.

Quelles sont les répercussions de cette acquisition sur le nouveau groupe?

Cott est actuellement le numéro un de la livraison d’eau et de café  pour les privés et les entreprises aux Etats-Unis. Eden Springs est le numéro un en Europe. Evidemment on peut attendre des effets de levier.

De une, en partageant le savoir faire. De deux en tirant parti du pouvoir d’achat. De trois en partageant des lignes de produits. Et de quatre en apportant à l’Europe des services s’inspirant de ce qui existe aux Etats-Unis. Pensez-vous vous engager dans des marchés autres que l’Amérique et l’Europe?

 Déjà dans le passé, Cott était actif au Mexique et au Royaume-Uni. Après avoir rajouté dix huit marchés de plus à son éventail, la société veut continuer à croitre organiquement et par acquisition. Je crois que c’est sensé.

Quels sont encore les compétiteurs de votre niveau?

Allons au cœur de l’affaire d’abord : l’industrie des solutions d’eau et de café. Quand Eden Springs a commencé il y a 15 ans en Europe, nous faisions face à plus de 300 petites entreprises.

Parmi ces petites entreprises, il y avait deux géants. Le groupe Danone, et le groupe Nestlé. Ce qui s’est passé en 15 ans:  Eden Springs, ayant une très forte culture de service et d’excellence, combinée à une bonne compréhension des M&A, a réussi,  en partant de rien, à surperformer les 300 compétiteurs.  Il  a racheté les solutions d’eau de Danone et Nestlé, et est devenu le numéro un des solutions d’eau et de café en Europe.  Parmi ces 300 compétiteurs, nous en avons acquis 80. Pour mettre ça en perspective, le numéro deux sur le marché représente moins d’un quart du chiffre d’affaires d’Eden Springs.

Cott a acquis Eden Springs pour 470 millions d’euros. Qu’est ce qui a changé dans la direction d’Eden depuis que le groupe Rhône a repris Eden Springs pour 240 millions d’euros en 2013?

Un changement impressionnant combiné à deux acquisitions très intéressantes. La première acquisition était une grande entreprise de café du Royaume-Uni. C’était une stratégie assez nouvelle pour nous, et nous avons donc pris le Royaume-Uni comme étude de cas. L’entreprise qui était à 100% dans l’eau est devenue 50-50 eau et café. Aujourd’hui, le café représente 17% de notre chiffre d’affaires et on prévoit de faire monter ce chiffre. La deuxième est bien sur notre rachat de la branche de solutions d’eau de Nestlé pour 90 millions d’euros.

Que pouvez vous nous dire sur la croissance de Eden Springs en termes de clients depuis ces acquisitions?

La croissance organique, et à travers les acquisitions, a été massive. Aujourd’hui nous sommes à plus d’un million de clients, avec des machines installées dans plus de 600,000 entreprises. C’est des dizaines de millions de personnes qui boivent de l’eau et du café de Eden Springs chaque jour. Dans les 2 ou 3 dernières années, nous avons remporté environ 200,000 clients.

Comment avez-vous décidé de commencer un partenariat avec Cott maintenant?

Cela  a vraiment été décidé il y à trois ans. Quand la compagnie a été reprise par Rhône, il était clair qu’elle serait revendue. Cela semble opportuniste, mais le private equity joue généralement en faveur des entreprises. Ces gens viennent avec des ressources énormes à investir et à développer en attendant de réaliser un bénéfice. Rhône n’à fait que du bien à Eden Springs, car ce groupe a accéléré la croissance de l’entreprise. Nous somme vraiment reconnaissants à l’égard de Rhône.

Concrètement, quelles sont les synergies avec Cott dont vous avez prévu de tirer profit afin de continuer à générer de la croissance ?

Comme vous le voyez, il n’y a pas beaucoup de chevauchement géographique. Donc on ne peut pas vraiment réduire notre main d’œuvre pour éliminer  les redondances. Les opportunités sont plutôt du côté des achats, des lignes de produits, de la technologie, du savoir faire, et de la direction de l’entreprise. La stratégie reste la même et Cott nous voit comme une plateforme sur laquelle se grefferont de futures acquisitions.

Par rapport à votre rapport avec la Suisse, prévoyez-vous un déménagement éventuellement dans le futur ?

Personnellement, je pense que Preverenges, Vaud, et la Suisse sont magnifiques pour un siège d’entreprise. De une, les gens sont très éduqués et motivés. De deux, il est très facile pour nous de faire des affaires en Suisse. De trois, les infrastructures sont incroyables et le transit entre la Suisse et les autres pays d’Europe est excellent. La gérance est très heureuse de sa localisation et du support que nous recevons de la Suisse.

Même si la stratégie reste la même, prévoyez vous des changements au niveau du personnel d’Eden Springs?

 Je ne prévois rien de pareil, et jusqu’à aujourd’hui, je n’ai rien entendu de pareil de la part de Cott. Donc je ne prévois pas de changements immédiats, mais si, un jour, il y a une opportunité, nous embaucherons plus ou changerons notre centre de gravité. Cela fait partie de la vie d’une entreprise.





 

AGEFI



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