Trading à Genève pour le géant marocain des phosphates

vendredi, 03.06.2016

OCP. L’Office Chérifien des Phosphates vient d’ouvrir une entité de négoce en Suisse sous le nom de Saftco

Nicolette de Joncaire

Tarik Choho

Tarik Choho, co-directeur de l'OCP

L’Office Chérifien des Phosphates (OCP), premier exportateur de phosphate brut, d’acide phosphorique et d’engrais phosphatés au monde, vient d’ouvrir une filiale à Genève sous le nom de Saftco. Enregistrée le 25 mai, la société a pour but déclaré le négoce de matières premières y compris, ceux du phosphate, des engrais et des produits chimiques. Cette nouvelle permet de constater que la place suisse reste attractive pour le négoce des matières premières et que la tendance - déjà remarquée au FT Summit d’avril - de reprise en main du trading par les sociétés d’Etat productrices se confirme.

Détenu à 95% par l’Etat marocain et à 5% par la Banque centrale populaire, l’OCP est le premier exportateur de phosphates et le troisième producteur mondial. Il est présent sur l’ensemble de la chaine de valeur, de l’extraction à la transformation chimique et au marketing. Détenteur de 75% des réserves de phosphates mondiales, l’OCP produisait, en 2013, 27 millions de tonnes de roches phosphatées (phosphate naturel), 5 millions de tonnes d’acide phosphorique et 5 millions de tonnes d’engrais. Avec une capacité minière de plus de 30 millions de tonnes, il représente globalement 28% de l’exportation mondiale des phosphates sous toutes leurs formes et contribue pour environ 20% aux exportations et pour plus de 4% au PIB du Maroc dont il est le premier employeur. Ses parts du marché mondial des exportations sont estimées à 33% pour les phosphates, 47% pour l’acide phosphorique et 19% pour les engrais phosphatés. Le groupe OCP compte 23.000 collaborateurs implantés principalement au Maroc sur plusieurs sites miniers (Khouribga, Gantour, Boucraa) et complexes chimiques (Jorf Lasfar, Safi), ainsi que sur d’autres sites internationaux. Il détient une vingtaine de filiales à l’intérieur et à l’extérieur du Maroc dont des joint venture au Brésil, en Argentine et dans la Mer Noire.

Pour l’exercice 2015, l’OCP déclarait un chiffre d’affaires en hausse de 13% par rapport à 2014 de 47,7 milliards de dirhams marocains soit environ 4,9 milliards de dollars. Le bénéfice brut et l’EBITDA marquaient un accroissement significatif de respectivement 21% (à 33,7 milliards de dirhams soit 3,5 milliards de dollars) et 35% (à 17,7 milliards de dirhams soit 1,8 milliards de dollars) ainsi qu’une capacité d’autofinancement opérationnelle de 12,3 milliard de dirhams (1,3 milliards de dollars). Le ratio d’EBITDA grimpait à 37% comparé à 28% l’année précédente. Le premier trimestre 2016 affiche une baisse de 5% du chiffre d’affaires par rapport à la même période en 2015 mais compte tenu de la faiblesse du prix des phosphates depuis novembre 2013 (il se situe en moyenne récente autour de 115 dollars la tonne), la performance de l’OCP est loin d’être insignifiante.

L’OCP annonçait fin février à Marrakech, à l’occasion de la conférence Argus FMB Africa Fertilizer 2016, la création de sa nouvelle filiale, OCP AFRICA, chargée de piloter le développement du groupe sur le marché africain des engrais par le biais d’un réseau de filiales dans 15 pays d’Afrique. «Cette nouvelle entité entend contribuer à relever le défi d’une agriculture structurée, performante et durable sur le continent africain en proposant aux producteurs agricoles tous les moyens de réussir: produits adaptés et abordables, services et accompagnement, solutions logistiques et  financières», indique le communiqué du groupe. Il est vrai que l’Afrique présente encore une faible pénétration aux engrais et donc un formidable potentiel. La moyenne de consommation y est de l’ordre du dixième de la moyenne mondiale. En Gambie, au Niger ou en Erythrée, elle est inférieure à un kilo par hectare alors qu’au Maroc elle dépasse 52 kg/ha et qu’elle se situe autour de 130-150 kg/ha en Europe ou aux Etats-Unis. OCP AFRICA a obtenu le statut Casablanca Finance City (CFC) qui accorde aux investisseurs sur le continent africain un package attractif d’incitations fiscales ainsi que d’autres facilités.

L’OCP se positionne en défenseur de la sécurité alimentaire mondiale. Il décline sa mission sur trois thèmes: le leadership économique, la gestion de l’environnement et l’engagement social et annonce sur son site internet, «offrir gratuitement ses services relatifs à l’extension de l’agriculture (dont la carte de fertilité des sols) pour aider les agriculteurs au Maroc et dans les autres pays émergents -incluant l’Inde, le Mali et le Sénégal - à accroitre leurs rendements agricoles».

Ancien directeur de l’aval chez Areva, le président de l’entité genevoise Saftco, Tarik Choho, est l’un des quatre co-directeurs de l’OCP. L’essentiel de la carrière de cet ancien de l’Ecole Polytechnique de Paris, de l’Ecole Nationale Supérieure des Techniques Avancées et de l’INSEAD s’est déroulée au sein du groupe Areva où il a occupé le poste de directeur général adjoint en charge du commercial avant de rejoindre l’OCP en 2015. A noter, Tarik Choho n’est pas le seul transfuge d’Areva à l’OCP. Depuis septembre 2015, l’ancienne directrice en charge de la coordination des grandes offres d’Areva, Adeline Fabre, est directrice du Développement Afrique d’OCP International. Tarik Choho sera présent à la 105e session de la Conférence internationale du Travail organisée à Genève par le Bureau International du Travail (BIT). Il participera le 6 juin au panel consacré à l’importance de la transformation agricole dans la création d’emplois en Afrique. En attendant l’OCP n’a pas pu être contacté.n





 

AGEFI



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