Nouveau revirement dans l’affaire Dmitri Rybolovlev - Yves Bouvier

vendredi, 18.03.2016

La belle-fille de Picasso Catherine Hutin-Blay accusait le transporteur et marchand d’art de vol. Son avocate donne une toute autre version dans un document confidentiel.

Ian Hamel

Catherine Hutin-Blay, la fille de Jacqueline, la dernière épouse de Pablo Picasso, a hérité après le décès de sa mère en 1986 de près d’un millier de tableaux de l’artiste.

En février 2015, plainte est déposée à Monaco par l’oligarque russe Dmitri Rybolovlev contre Yves Bouvier, basé à Genève, transporteur et négociant en art. Juste après (mars), Catherine Hutin-Blay, belle-fille de Jacqueline Picasso, dépose à son tour (à Paris) une plainte pour recel et vol. Elle affirmait que deux tableaux, Tête de femme de profil et Espagnole à l’éventail, ainsi que 58 dessins à l’encre du maître lui avaient été volés. Des œuvres qu’elle n’aurait d’ailleurs jamais pu vendre. Ne lui serait-il pas insupportable de se séparer d’une «représentation de sa mère», disait-elle? Elle déclarait en plus ne pas connaître Yves Bouvier. Comment aurait-elle pu vendre des œuvres à quelqu’un qu’elle ne connaissait pas?   

L’Agefi a pu consulter un document confidentiel de quatre pages envoyé le 5 novembre dernier à Anne-Sophie Nardon, avocate de Catherine Hutin-Blay à la juge parisienne Isabelle Rich-Flament. Or, cette lettre reconnaît implicitement que la belle-fille de Picasso connaît Yves Bouvier. C’est le deuxième «revirement» dans ce dossier après celui de Tetiana Bersheda (avocate de Rybolovlev à Monaco, L’Agefi du 9 mars dernier).   

La lettre précise que Catherine Hutin-Blay a vendu dans le passé des œuvres de Picasso à Yves Bouvier. Le texte évoque huit millions d’euros (qu’elle aurait donc bien reçu), et déclare que la somme n’a fait que transiter par le compte Nobilo Trust, dont Mme Hutin-Blay n’est toutefois ni titulaire, ni bénéficiaire. La somme a été ensuite transférée en faveur de sa fondation étrangère, «ce dont l’administration fiscale française est parfaitement informée». Pourquoi ne pas avoir versé la somme directement à cette fondation, dont l’avocate ne donne ni le nom ni l’Etat de domiciliation? Renseignements pris, le monde de l’art semble d’ailleurs ignorer cette fondation animée à l’étranger par Catherine Hutin-Blay.

Etrangement, la lettre continue toutefois de nier que les 8 millions de dollars correspondent à la vente de tableaux et de dessins à Yves Bouvier. Cette somme correspondrait en réalité «à la vente légitime par Olivier Thomas de 12 huiles sur toile de Pablo Picasso de 2010-2011». Or, Olivier Thomas est un proche d’Yves Bouvier, et il n’a pas été mis en examen.

Le revirement sur les liens (de connaissance tout au moins) entre Catherine Hutin-Blay et Yves Bouvier semble lié au retour de la commission rogatoire de Vaduz, dont L’Agefi a pu avoir des échos. Le compte Nobilo Trust est un compte de transit, ou encore un compte «parapluie», utilisé par plusieurs clients de la banque, par Catherine Hutin-Blay en particulier.

Pour mémoire, Yves Bouvier, présenté dans la presse française comme le «roi des ports francs», a été mis en examen (inculpé) à Paris le 14 septembre dernier pour recel (parallèlement à la procédure initiée par Dmitri Rybolovlev à Monaco). Il a dû déposer une caution de 27 millions d’euros. Yves Bouvier affirme pourtant qu’il a bien versé 8 millions de dollars à une fondation immatriculée au Liechtenstein, dans le village de Schaan, intitulée Nobilo Trust, auprès de la Centrum Bank. Ce trust lui aurait été présenté comme étant celui de Catherine Hutin-Blay par son avocat genevois Michel Abt. L’avocate Anne-Sophie Nardon déclare alors dans la presse que sa cliente n’est bénéficiaire d’aucun trust et ne connaît pas Yves Bouvier.

Le 15 février dernier, L’Agefi annonçait aussi que Catherine Hutin-Blay avait déposé dans les Ports Francs de Genève 79 œuvres de Pablo Picasso pour une valeur de 296 millions d’euros. Nous pouvons ajouter aujourd’hui que c’est l’entreprise Fine Art Transports qui s’est chargée du transport (un peu plus d’une tonne) depuis le domicile de Catherine Hutin-Blay à rue de Ranelegah à Paris. Or, Fine Art Transports appartient à Yves Bouvier.

A noter par ailleurs que le procureur Jean-Bernard Schmid, qui a exécuté en Suisse la commission rogatoire envoyée par Monaco, n’a pas jugé bon d’ouvrir lui-même d’information judiciaire. «Je constate simplement qu’aucune plainte n’a été déposée contre Yves Bouvier en Suisse», nous a-t-il déclaré.



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