L’exportation prometteuse du modèle d’apprentissage suisse

mercredi, 27.01.2016

SkillSonics. L’entreprise privée-publique développe le système en Inde depuis huit ans. D’autres pays sont demandeurs.

Interview: Andrée-Marie Dussault

Franz Probst, président et créateur de Skillsonics.

Président et fondateur de SkillSonics, l’entreprise indo-suisse qui exporte le modèle d’apprentissage helvétique en Inde, Franz Probst raconte le chemin parcouru depuis le début de l’aventure en 2008.

Comment avez-vous introduit le modèle d’apprentissage suisse en Inde?

Dès 2008, nous avons mis en œuvre un projet pilote avec la Swiss Vocational Educative and Training Initiative. En exportant notre modèle de formation, nous souhaitions former adéquatement les travailleurs indiens employés par des entreprises suisses en Inde et parallèlement, remédier au déficit de main d’œuvre qualifiée dans le pays. Les Indiens ont pris le relais en portant le projet de l’avant en soutenant SkillSonics, une société privée-publique, que j’ai créée avec un partenaire indien, et dont le ministère des Compétences et de l’Entrepreneuriat est l’un des principaux actionnaires; c’est dire la foi que possède le gouvernement indien dans le projet.

Qui participe au projet huit ans plus tard?

Les neuf partenaires qui ont pris part au projet pilote sont toujours impliqués. De nouvelles entreprises, suisses et indiennes, se sont jointes au programme. De surcroît, des instituts de formation sont intéressés à participer. Ceux-ci représentent un marché très intéressant pour nous, d’autant que le gouvernement indien parle d’en créer sept mille nouveaux et réclame le support d’entreprises privées.

Jusqu’à présent, les sociétés impliquées étaient actives dans les industries du génie mécanique et électrique?

Nous offrons aussi des formations dans les techniques de maintenance. D’autre part, nous planchons sur un programme d’apprentissage commercial qui couvrira tant la vente au détail que le banking, les assurances et les finances. Nous préparons aussi des formations liées au raffinement alimentaire et aux métiers de la construction; maçons, plombiers, etc. Les besoins en Inde dans ces domaines sont énormes. Par ailleurs, nous avons réussi à mettre en place un véritable système duel de diplomation; au diplôme initial délivré par la Swissmem, un de nos principaux partenaires, nous fournissons désormais un second diplôme reconnu par les autorités indiennes.

En 2008, vous prévoyiez former un million d’apprentis indiens pour 2023; c’est toujours le cas?

Absolument. L’avenir nous dira si cela est réaliste ou non. Mais pour avoir un impact significatif en Inde, il faut viser haut; avoir une grande vision est déterminant. Pour l’instant, nous avons formé cinq mille jeunes, essentiellement des hommes, mais ces deux-trois dernières années ont connu une croissance accélérée et j’ai confiance que celle-ci se maintiendra.

A quels défis êtes-vous confrontés en Inde?

Un challenge important est de convaincre les entreprises et les organismes de formation d’investir dans le développement de compétences solides. La société, les familles, les jeunes doivent par ailleurs accepter l’idée selon laquelle l’apprentissage est tout aussi valable que le cursus académique. L’apprentissage ne mène pas à un cul-de-sac; au contraire, il donne autant d’opportunités que le diplôme universitaire et peut représenter le début d’une grande carrière. La société et les entreprises doivent prendre conscience de la valeur ajoutée que les apprentis apportent au marché du travail.

Le système d’apprentissage suisse est-il facile à répliquer en Inde?

On ne peut pas prendre notre système, le traduire en anglais et l’exporter tel quel; ce serait un échec. Les besoins en Inde sont différents des nôtres; il faut adapter le système à la réalité locale. Par exemple, au niveau de la manufacture, en Suisse tout est de première qualité; notre industrie est hautement novatrice et produit essentiellement dans le haut de gamme, c’est ainsi que nous  continueront à connaître du succès. En revanche, en Inde, de façon générale, cela ne serait pas nécessaire. Comme les besoins y sont différents, les objectifs et les points de repère doivent l’être aussi.

L’état d’esprit en ce qui concerne l’enseignement est aussi différent?

D’une part, beaucoup de formateurs ne sont pas familiers avec la réalité en entreprise. D’autre part, la norme prévalente en Inde est de s’en tenir étroitement au livre. Nous voulons encourager tant les apprentis que les formateurs à utiliser leur cerveau. Les formations doivent être créées pour répondre à cet objectif. Nous travaillons depuis 2015 sur un projet qui a pour but de garantir la qualité de la formation des professeurs, formateurs et experts dans le cadre des apprentissages. Cet été, nous mèneront les cours pilotes auprès de ces professionnels. Si cela s’avère un succès, et je suis certain que ce sera le cas, le programme s’étendra à l’échelle du pays.

Prévoyez-vous de reproduire le projet sous d’autres latitudes?

Nous avons reçu des demandes d’organisations d’autres pays pour introduire le modèle d’apprentissage suisse; Afrique du Sud, Brésil, Bangladesh, Sri Lanka... Des organisations de pays européens nous ont également manifesté leur intérêt. Nous évaluons diverses possibilités en ce moment. La riche expérience acquise en Inde nous sera précieuse pour opérer dans d’autres réalités.





 

AGEFI



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