L’impulsion de droite contre la loi sur le renseignement

jeudi, 12.11.2015

Un comité bourgeois est prévu pour janvier. Objectif: donner un forum à ceux qui s’opposent à la LRens sans être à gauche.

Mohammad Farrokh

Un comité bourgeois contre la loi sur le renseignement? Attaquée par un référendum lancé à gauche dans le cadre d’un comité regroupant divers partis et organisations, Verts, Jeunes socialistes, GSsA, droitsfondamentaux.ch, etc., la LRens devrait être soumise au référendum populaire. La récolte des signatures va bon train depuis le 6 octobre en Suisse alémanique, où le souvenir de l’affaire des fiches est encore vivace, plus lentement en Suisse romande. Une conférence de presse romande sera organisée à Lausanne vers le 24 novembre. Sur le terrain, jeunes socialistes, mais aussi jeunes UDC et PLR collaborent en Valais.

Car nombreux sont ceux qui, à droite, ne sont pas satisfaits d’une loi qui va très loin dans la surveillance et fait peu de cas de la sphère privée. «Nous voulons donner un forum à ceux qui s’opposent à la loi sans être à gauche», résume Henrique Schneider. Non membre d’un parti mais «libéral à 100%», il ne se lance pas sous l’étiquette de l’Union suisse des arts et métiers (Usam), où il est responsable de dossier, mais dans le cadre d’un comité bourgeois contre la LRens encore en formation, processus qui ne devrait pas être achevé avant janvier 2016. Henrique Schneider en sera le secrétaire général et/ou le coprésident.

A droite où l’on a soutenu la LRens souvent par discipline de parti, le malaise est réel et l’existence de ce comité bourgeois devrait aider les opposants à faire leur coming out. Le conseiller national UDG genevois Yves Nidegger, pour sa part, confirme ce manque de motivation pour un texte qu’il a finalement refusé et il n’est pas le seul. Lukas Reimann, également conseiller national UDC, est prêt à se joindre à un comité bourgeois, même s’il n’envisage pas pour l’instant de s’engager fortement dans ce combat contre une loi qu’il juge défavorable en termes de rapport coûts/bénéfices alors qu’elle dégrade la relation entre l’Etat et le citoyen.

Pour sa part, Anne-Elisabeth Fournier, présidente de Femmes sécurité défense et de Politique citoyenne, compte bien poser la question du référendum contre la LRens le 30 novembre, à la prochaine réunion du comité de l’ASIN dont elle fait partie. De son côté, Marc Studer s’engage contre la LRens, à l’enseigne de son Lobby des citoyens.

A l’inverse, le plus fort soutien à droite pour la LRens vient du PDC, qui n’en est pas à une gesticulation près dans ce dossier, un PDC dont Henrique Schneider pense qu’il cherche à se positionner sur un terrain généralement occupé par la droite, même si la gauche n’est pas avare de projets liberticides, surtout lorsqu’ils visent les contribuables, les riches étrangers ou les amateurs de beuveries nocturnes. Dans ces domaines, on a parfois l’impression que, pour le PS en particulier, tous les moyens sont bons...

Tous, même lorsqu’ils ne sont pas liés d’une façon ou d’une autre au Moyen-Orient, ont beaucoup de soucis à se faire en cas d’approbation de la LRens: celle-ci permet une surveillance si large que tout le monde peut se sentir visé. Car la surveillance peut faire apparaître des délits qui n’ont rien à voir avec la sécurité de l’Etat mais n’en sont pas moins punissables, à commencer par l’évasion fiscale. «C’est une contradiction fondamentale de la droite», relève Henrique Schneider qui estime que «si l’on défend la sphère privée, on ne peut soutenir la LRens».

Henrique Schneider n’étouffe pas de respect pour le Service de Renseignement de la Confédération (SRC): «ils sont incompétents et on veut leur donner plus de pouvoir». On peut penser que la surveillance sera d’autant plus large que le SRC n’a pas les compétences nécessaires pour s’acquitter intelligemment de sa mission, ce manque de discernement les incitant à espionner le plus de monde possible, par précaution.

Pour Anne-Elisabeth Fournier l’un des aspects les plus problématiques de la loi est qu’elle permet à la seule initiative du SRC d’espionner les gens à leur insu. Ce n’est pas le seul: le SRC peut aussi sans contrôle transmettre des données à des services étrangers et même effectuer des missions pour leur compte. Cette violation de la neutralité est dénoncée à droite, notamment par  Yves Nidegger qui parle «d’amicales de barbouzes». Le même SRC aura aussi le droit de surveiller les recherches sur internet et poser des micros, «sonoriser», un domicile privé. Comme au bon vieux temps de la Stasi qui espionnait les ébats amoureux de Kati Witt...n





 

AGEFI



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