La valorisation et l’absence de liquidité: des obstacles surmontables

vendredi, 13.07.2018

Anne Tschanz Vakula*

Comment valoriser l’idée qu’une start-up est en train de transformer en business? Combien valent ses actions? À quel pourcentage d’action peut prétendre un investisseur en échange de quel montant? Comment attirer des investisseurs malgré l’absence de liquidité?

Par définition une start-up ne réalise pas encore de bénéfice étant donné qu’elle vient d’être créée. Elle ne dispose pas non plus d’actifs, sauf si elle a déposé un brevet qui peut être valorisé comme un actif intangible (propriété intellectuelle). D’un certain côté elle ne vaut rien selon les méthodes de valorisation communément utilisées pour les sociétés cotées, mais d’un autre côté nous avons vu dans la chronique précédente que parfois seulement 3 mois séparent une start-up qui a pénétré avec succès un marché et qui réalise des bénéfices et la même société qui n’a pas encore de clients mais qui réunit tous les critères tangibles d’un succès futur. Pour autant la valeur de la société a-t-elle pu changer du tout ou tout en 3 mois? Assurément non.

Etablir scientifiquement une juste valorisation? 

Les VCs valorisent les jeunes entreprises selon différentes méthodes telles que la «scorecard», la méthode Berkus, la valeur relative selon l’utilisation de différents multiples observés dans des transactions publiques ou privées. Toutes ces méthodes sont relativement simples. Et pour cause! Étant donné la jeunesse de la start-up, l’absence ou la faible quantité de données comptables, la fragilité des projections financières, il est difficile de prétendre que de savants et secrets calculs financiers permettraient d’établir scientifiquement une juste valorisation!

En réalité ce qui se passe est la chose suivante: une fintech qui a 1 ou 2 années d’existence vaut entre 1 et 5 millions en moyenne. La valorisation va dépendre de l’appétit des investisseurs qui se présentent et de la marge de négociation des fondateurs. Mais franchement payer, par exemple, trois millions plutôt qu’un pour 49% du capital d’une société qui fera un jour des dizaines de millions de revenus annuels ce n’est pas très important. Ce qui est essentiel c’est ce que l’on appelle dans le jargon la «traction», c’est à dire le fait d’investir lorsque et, si et seulement si, l’on est quasiment certain que la start-up va décoller car tous les indicateurs sont au vert. Il n’y a pas de nuage à l’horizon. Le facteur «qualité de l’équipe» notamment est déterminant. 

J’espère avoir réussi à démontrer que la valorisation d’une start-up qui ne réalise encore aucun bénéfice n’est pas très compliquée. La valorisation ne devrait donc pas constituer un obstacle ou un frein pour des investisseurs potentiels. Si un investisseur n’a pas le budget minimum pour investir directement, la solution peut-être celle d’investir au travers d’un fond de Private Equity, ce qui permet au passage de diversifier les risques, car un fond VC sera investi dans 5 à 20 entreprises.

Holding suisse

L’absence de liquidité d’un investissement en Private Equity devrait également pouvoir être contournée par la création d’une holding suisse de participations qui est ensuite cotée en bourse soit immédiatement après son incorporation soit après plusieurs augmentations de capital. De telles holdings devraient se répandre à l’avenir car elles permettent d’apporter la liquidité à une classe d’actif qui n’en n’a pas structurellement et d’attirer un nombre d’investisseurs beaucoup plus élevé étant donné que le montant d’investissement minimum correspond au prix d’une seule action. 

Si j’étais une milliardaire, je créerais une telle holding, je la financerais jusqu’à sa cotation et je pourrais ainsi continuer à investir au côté de milliers d’autres investisseurs attirés par cette classe d’actifs et qui achèteraient des actions de la holding à la bourse SIX.

*Directrice Sergan Management






 
 

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