Interdire les pesticides? Attaque frontale contre l’agriculture

jeudi, 12.07.2018

L’initiative «pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» se moque des efforts entrepris par les milieux paysans suisse depuis plus de trois décennies.

Gregory Bovay*

Avec l’initiative populaire fédérale «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» qui a abouti le 25 mai dernier, les initiants souhaitent interdire l’utilisation de pesticides de synthèse dans l’agriculture, dans la transformation des produits agricoles, mais aussi pour l’entretien du paysage. Le texte veut également bannir de Suisse les aliments qui contiennent des pesticides ou pour la production desquels de telles substances ont été utilisées. Ce texte fait suite à une autre initiative déposée en mars dernier qui s’intitule «Pour une eau potable propre et une alimentation saine».

Face à cette déferlante, on pourrait presque croire que nos paysans suisses ne se préoccupent en rien de la qualité des aliments qu’ils produisent et utilisent pour le plaisir des pesticides de synthèse. Or il en n’est rien. Nos agriculteurs n’ont pas attendu le populisme vert de ces dernières années pour prendre des mesures importantes: depuis plus de 30 ans déjà, ils pratiquent la production intégrée. Ce système opère notamment une rotation des cultures pour limiter la propagation des maladies, ne recourt aux produits phytosanitaires de synthèse que si les mesures préventives et non chimiques se révèlent insuffisantes lorsque la menace d’une maladie ou d’un ravageur est avérée.

De surcroît, avec l’appui des milieux agricoles, le Conseil fédéral, a adopté en septembre 2017 un ambitieux plan d’action visant à la réduction des risques et à l’utilisation durable des produits phytosanitaires afin de diviser les risques par deux et encourager les alternatives à la protection par des intrants chimiques.

Une Suisse 100% biologique 

Face à ces arguments, les initiants font la sourde oreille et rêvent d’une Suisse 100% biologique. Or ils oublient que la consommation de produits bio reste minoritaire et que la grande majorité des consommateurs souhaite avant tout disposer de denrées alimentaires issues d’une production durable et à un prix abordable. L’initiative fait également fi d’une autre réalité liée à l’augmentation du nombre d’habitants en Suisse. L’accroissement progressif des espaces bâtis se traduit par une réduction des surfaces cultivées. Alors qu’il faudra produire davantage de denrées alimentaires sur les surfaces disponibles pour continuer à nourrir une population croissante, la politique voulue par les initiants aura pour conséquence une forte réduction des rendements (jusqu’à 40%), une perte de souveraineté alimentaire et une augmentation des prix.

Cette utopique initiative exige également l’interdiction d’importer à des fins commerciales des denrées alimentaires contenant des pesticides de synthèse ou pour la production desquelles de tels produits ont été utilisés. Si dans un monde idéal une telle mesure peut séduire, elle engendrera en réalité, outre un monstre bureaucratique pour contrôler les choses, une augmentation considérable du tourisme d’achat et des importations parallèles.

Enfin, le texte ne cible que l’agriculture alors même que des pesticides de synthèse sont également utilisés dans des domaines comme la construction, la santé ou l’hygiène domestique. Contrairement à ce qu’avancent les initiants, il existera donc toujours des produits phytosanitaires dans le quotidien des Suisses.

*Centre patronal






 
 

AGEFI



 

 


 
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