Initiative Monnaie pleine: commencer par le commencement

mercredi, 16.05.2018

Marie Owens Thomsen, Indosuez Wealth Management

Marie Owens Thomsen, chef économiste Indosuez Wealth Management.

Le 10 juin, les Suisses se prononceront sur une initiative populaire visant à rendre la Banque centrale seule responsable de la création de monnaie. Commençons par le commencement...

Pensons l’économie comme une voiture. La voiture n’avance pas sans carburant – la monnaie, dans le cas d’un Etat. Mais la vitesse maximale reste conditionnée par le nombre de chevaux dans le moteur – chose que la quantité de carburant ne peut guère influencer. La question fondamentale pour nos économies reste de bien prendre soin du moteur et, si possible, d’œuvrer pour augmenter sa capacité. Certes, l’accès à un carburant de qualité, propre et capable de prolonger la durée de vie du moteur, demeure une condition nécessaire pour l’avancement de l’économie. Il ne constitue pas toutefois une condition suffisante.

Pour influencer la capacité du moteur de l’économie, il faut libérer les contraintes. Cela reste dans la vaste majorité des cas une affaire politique, sous la responsabilité du gouvernement, et non pas un sujet monétaire déterminé par les banques centrales. Les contraintes à éliminer sont bien sûr diverses et variées, et différentes d’un pays à l’autre. La monnaie et le secteur financier pourraient effectivement constituer un souci majeur dans certains cas. Cependant, en Suisse, peu de signes suggèrent qu’il en soit un.

En rythme annuel, la masse monétaire (M2) en Suisse a cru de 3.9% en mars 2018, contre 8.3% en Chine en avril, par exemple. Le crédit bancaire a augmenté de 4.5% en février, à comparer aux 12.7% en avril en Chine. Plus encore, un excès de carburant dans le réservoir pourrait provoquer des dégâts, notamment de l’inflation, mais à 0.8% en glissement annuel en Suisse en avril, cela n’est clairement pas le cas. Ainsi, notre première préoccupation en ce qui concerne la Suisse n’est pas son secteur financier ni sa création de monnaie et de crédit.

Regardons plutôt le classement de la Banque Mondiale concernant la facilité de faire des affaires, par exemple. La Suisse se classe 33e sur 190 pays (données de juin 2017), derrière l’Allemagne en 20e position, mais également derrière la Malaisie, la Thaïlande, la Pologne, l’Espagne, le Portugal, la République Tchèque, et la France, pour en nommer quelques-uns. Sur 10 thématiques, si la Suisse excelle au niveau des raccordement à l’électricité (7e), le pays est particulièrement mal noté en ce qui concerne la protection des investisseurs minoritaires (108e), la création d’entreprises (73e), ou encore l’obtention d’un permis de construire (62e). Il y a 10 ans, la Suisse se classait pourtant au 16e rang dans le classement total, le pays a donc perdu 17 rangs sur la période - un problème clairement trop longtemps ignoré.

Une autre expression de la gouvernance sous-optimale en Suisse est la participation des femmes dans le marché de travail. A 46.6% de taux de participation (Banque Mondiale, 2017), la Suisse est en ligne avec l’Allemagne, mais en retrait par rapport aux 50.1% de l’Estonie par exemple.

La performance suisse s’érode encore quand l’on prend en considération le travail à temps partiel, qui concerne 57% des femmes contre seulement 16% des hommes. Cette inégalité s’explique notamment par le fait que le gouvernement suisse contribue moins à la charge de garde d’enfants que d’autres pays (KOF, 2017).

Si le gouvernement suisse commençait par le commencement, en s’attaquant aux tâches simples, les initiatives populaires pourraient se raréfier.






 
 

AGEFI



 
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