Pas de développement sans ouverture

lundi, 30.04.2018

Les Suisses se délectent de l’imagerie nationale: la démocratie directe, le fédéralisme, la neutralité, la paix sociale, le bien-être généralisé.

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck.

Ils comprennent moins qu’ils sont devenus le champion de la science en Europe, que celle-ci conditionne l’économie et qu’elle génère ainsi cette prospérité presque inexplicable vu l’isolement du territoire.En ne distinguant pas la source de leur satisfaction, les Suisses risquent de la tarir. Telle fut une conséquence du vote du 9 février 2014: l’UE suspendit tout de suite les deux programmes scientifiques, Erasmus et Horizon 2020.

Les diplomates suisses ont réussi à sauver partiellement et provisoirement ces programmes. Il faudrait arriver à une solution globale et définitive, alors qu’elle ne sera jamais que confuse et précaire, car on ne peut à la fois ouvrir large une porte et la refermer plus ou moins.

Par exemple, une illusion courante propose que la Suisse jouisse d’une clause de protection qui serait activée lorsqu’elle connaîtrait un taux migratoire élevé. C’est oublier que la Suisse est devenue une terre d’immigration et que certains pays européens sont des terres d’émigration, précisément à cause du différentiel de développement qui en est à la fois la cause et le résultat.

Depuis 2002, date d’entrée en vigueur de la libre circulation avec l’UE, la Suisse connaît un développement économique spectaculaire. L’immigration massive de travailleurs hautement qualifiés est à la fois la cause et le résultat de ce différentiel de développement. Par son niveau de vie élevé, par la valeur de ses laboratoires, par l’agrément du séjour, la Suisse constitue un pôle d’attraction. Elle joue un rôle analogue à celui de la Californie à l’égard des USA: les talents s’y précipitent. Un quart des habitants de la Suisse sont nés hors du territoire, la même proportion qu’en Australie!

Au bout de douze années d’expansion, le résultat est parlant. De 2007 à 2013, la Suisse a bénéficié d’un taux de soutien de 25,3% de ses demandes au Conseil européen de la recherche, soit plus que n’importe quel pays de l’UE: elle cotisait à hauteur de 2,8% du budget global et bénéficiait de 4,25% des subsides accordés, c’est-à-dire que l’UE finançait la science suisse! Pour le marqueur constitué par les publications, la Suisse se situe au premier rang planétaire: 0,11% de la population mondiale produit 1,2% des articles scientifiques. Dans les classements mondiaux, cinq hautes écoles suisses se situent dans les cent premières soit mieux que ce que font la France, l’Allemagne ou la Chine.

Pour l’ingénierie, l’EPFL se situe au premier rang européen; au plan mondial elle n’est dépassée que par 18 établissements américains, anglais et singapouriens.

En recherche, il n’est de richesse que d’hommes. Pour devenir le meilleur centre, il faut recruter les meilleurs chercheurs. Plusieurs dizaines de chercheurs moyens ne parviendront pas à ce qu’un seul chercheur excellent atteint.

Pour préserver l’excellence scientifique, industrielle et économique suisse, il ne suffit donc pas de maintenir les apparences juridiques d’une libre circulation, il faut l’établir dans les faits. La science ne connait pas de frontières étanches et les régimes qui les ont instaurées, comme la défunte Union Soviétique, en sont morts.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

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