Publications scientifiques: la Chine s’est éveillée

lundi, 16.04.2018

Jacques Neirynck, professeur honoraire EPFL

Jacques Neirynck, professeur honoraire à l'EPFL.

Dans le classement des dix pays produisant le plus de publications scientifiques, la Chine (293.000) se situe au deuxième rang depuis 2006, juste après les Etats-Unis (354.000), et largement au-dessus de la Grande Bretagne (83.000).

Cette ascension était prévisible depuis 2000 où ce pays n’occupait encore que la huitième place. Si on recense en commun les publications de tous les pays de l’UE, on arrive à 432.000 publications, ce qui classerait ce pays à venir en première position. Erasmus et Horizon 2020 jouent donc un rôle essentiel. L’Afrique est quasiment inexistante. La Russie avec 34.000 publications a disparu du palmarès où elle se trouvait encore en neuvième position en 2000. Le déni sournois de démocratie, le nationalisme borné et la régression dans l’obscurantisme se paient.

Bien entendu le nombre de publications n’est qu’un critère grossier et massif, mesurant le poids mondial d’un pays.

La Suisse au premier rang

Autre chose est la densité de publication mesurée par rapport à la population. La Suisse est le pays le plus productif: avec 4286 publications par an et par million d’habitants, elle se place au premier rang, suivie du Danemark, de l’Islande, de l’Australie, de la Finlande, et des Pays-Bas. Les États-Unis, le pays qui a publié le plus (22,9% du total mondial), occupait le 17e rang dans ce classement. Et encore faudrait-il défalquer tous les chercheurs aspirés par la brain drain, qui représentent plus de la moitié du personnel des meilleurs universités des Etats-Unis.

Notre pays tient donc son rang, qui ne peut être que le premier si l’on vise l’excellence économique qui découle de cette densité scientifique. Celle-ci dépend dans une large mesure de la circulation des idées, à quoi les publications servent, mais aussi de celle des chercheurs.

Car un laboratoire de pointe ne publie pas tout, tout de suite. Il reste une marge de savoir-faire, qui fait partie de la culture interne, de ces tours de mains qui se transmettent plus dans les cafeterias que dans les colloques.

Si l’on tient compte de sa population, la Chine est donc en train de devenir le leadeur mondial, tout en ne se reposant que sur ses propres forces. C’est la consécration d’une très vieille culture, sur laquelle s’est enté le greffon de la science mondiale.

Aussi étrange que cela puisse paraître à certains technocrates, le mouvement scientifique n’est pas une entreprise que l’on peut susciter par le seul biais d’investissements financiers. Ceux-ci sont nécessaires mais non suffisants. Il y faut aussi la curiosité cérébrale, la liberté de parole, le goût de l’aventure intellectuelle, la stimulation du milieu.

La flatteuse position de la Suisse dépend aussi de sa capacité à attirer des chercheurs étrangers et surtout à les garder.

La vie d’Einstein résume cet impératif: successivement Allemand, Suisse, Allemand de nouveau, finalement Américain, mais toujours Juif errant dans un siècle perturbé.

Il faut s’y résoudre. Il n’y a pas de science qui soit nationale. Elle ne progresse que dans la mesure où elle saute les frontières. Les politiques qui veulent la capter, la négocier, l’exploiter, la laissent filer entre leurs doigts.






 
 
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