Médias: le monde financier à l’envers

vendredi, 06.04.2018

Christian Pire*

Petit florilège des expressions erronées, des amalgames et autres erreurs que l’on peut lire dans les médias.

1. «Des études suggèrent que les titres illiquides devraient sur performer les liquides pour compenser le risque plus élevé.» Indépendamment de la totale incohérence de ce propos, la notion «illiquide/liquide» utilisée par les commerciaux de la finance est erronée. 

Professionnellement, l’on ne peut parler que de fluidité des volumes de l’offre/demande de titres. Un prix pour un volume échangé, telle est la seule réalité financière. Sans volume échangé, il n’y a pas de fluidité des titres. Sans fluidité, pas de prix. Comment et pourquoi un titre ne trouvant pas acheteur «devrait-il sur performer» ceux qui ont trouvé acheteur? 

2. «Le shadow banking a atteint les 45.000 milliards de dollars principalement grâce aux véhicules d’investissements collectifs.» Où, quand la myopie intellectuelle et le mimétisme restent de mise malgré le mea-culpa des crises répétitives. 

Liquidité ou fluidité ?

3. «La liquidité peut être définie comme la facilité d’exécution d’une transaction sans générer de frais excessifs.» S’il y a facilité d’exécution, c’est qu’il y a fluidité. En étant le support de quantité de gestion, dont celles dites «passives», l’amalgame malheureux liquidité - fluidité se rappelle à nous lors des crises boursières quasi-métronomiques. 

Les fonds de placement et les crises boursières

Combien d’investisseurs non avertis savent-ils que les performances des fonds de placement qui leur sont vendues comme réalisables, ne sont en réalité qu’une construction comptable n’ayant aucune crédibilité financière car n’intégrant aucune obligation de fluidité des titres? 

Et que penser des comparatifs de ces performances fallacieuses commentées abusivement? 

L’absence de fluidité des titres

4. «Les investisseurs paient explicitement pour l’écart existant entre cours acheteurs et cours vendeurs (bid-ask spread) et implicitement pour toute fluctuation de cours défavorable due au retrait de liquidité sur le marché». 

Pour rappel, explicitement, veut dire selon le Larousse «Qui s’exprime complètement et clairement sans laisser place à l’ambiguïté» et implicitement «Qui, sans être énoncé formellement, découle naturellement de quelque chose.» 

En réalité, les investisseurs payent explicitement l’ambiguïté de l’absence de fluidité des titres dans des stratégies ou approches mathématiques inopportunes. «On ne retire pas de liquidité des marchés», on revend simplement un volume de titres du marché, ce qui ôte de la fluidité et donc de la crédibilité au dernier cours réalisé en tant que référence financière pour d’autres opérations ou valorisations mark-to-market des fonds de placement. 

5. «La liquidité n’a jamais fait l’objet de beaucoup d’attention de la part des investisseurs, du moins sur le marché actions. Cela pourrait s’expliquer par le fait que les stratégies d’investissement basées sur le facteur liquidité sont difficile à mettre en pratique.» Quel aveu!

Certes, la gestion boursière active de la fluidité des volumes est difficile, mais c’est la seule gestion financière professionnelle.

*www.socioecopofi.com 






 
 
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