Succession de sa PME: savoir gérer la part émotionnelle

vendredi, 16.03.2018

Jacques Meyer*

Après avoir passé des années à développer son entreprise, vivre pour elle, par elle, il est temps de passer le témoin. Une fois réglés les aspects techniques de valorisation, de choix du mode de transmission, de la sélection de l’acheteur, de préparation et signature des contrats, il reste une part importante, voire clé à gérer: l’aspect émotionnel. 

La dimension affective est souvent négligée par faute de temps, par méconnaissance. Si l’on ne s’y attarde pas, cela peut mettre en péril une transaction. Quelles mesures peuvent être prises pour faciliter cette transition? A quel moment faut-il se faire coacher?

La succession d’une entreprise est une affaire de cœur: la plupart des entrepreneurs ont fait leur entreprise comme l’œuvre de toute une vie. La forte valeur affective créée par un individu ou une famille autour de l’entreprise implique qu’il est encore plus difficile de s’en séparer le moment venu. Si la dimension émotionnelle est négligée lors de la transaction, cela peut avoir des répercussions négatives sur l’entourage personnel de l’entrepreneur ou sur ses employés.

Transmise à sa famille ou à des tiers, toute transmission de PME va passer par différentes étapes. Dès le moment où le directeur décide de vendre le bien rémunérateur tout au long de sa vie, il reste un ultime pas à franchir sur le plan émotionnel. 

L’entrepreneur doit arriver à se détacher de son poste de leader, sans s’inquiéter du succès de son repreneur. Bon nombre de patrons n’arrivent pas à prendre de la distance et en souffrent. Le lâcher-prise est essentiel et ne signifie pas du laxisme ou un abandon. Cela signifie au contraire que l’on accepte de regarder une situation d’un autre point de vue en renonçant à tout contrôler. Il faut faire confiance au repreneur, sans quoi cela peut mettre en échec la transaction de vente.

Le pas n’est pas évident à faire et il s’avère clé pour l’entrepreneur sortant de se tourner suffisamment tôt vers un consultant externe afin de l’aider à surmonter son départ psychologiquement. Le coach peut ainsi plus facilement intervenir afin d’éviter des conflits familiaux ou entre le successeur et son repreneur.

Combien de temps faut-il rester à disposition de l’acheteur afin d’assurer la pérennité de l’entreprise? Faut-il se retirer complètement après la vente? L’entrepreneur qui vient de réaliser la vente de sa PME continue généralement à exercer une activité au sein de sa société. A durée déterminée, son activité permet d’assurer la formation du successeur, la transition auprès du personnel et le relais auprès des clients. La passation des pouvoirs peut prendre quelques mois et force est de constater que le fondateur appose souvent une empreinte indélébile sur sa société.

Lorsque l’entrepreneur quitte définitivement son entreprise, il perd en quelque sorte son statut de chef d’entreprise ce qui peut être difficile à vivre. Les partenaires d’affaires, les autorités ou autres prestataires s’adresseront désormais uniquement au successeur. Il est donc clé d’avoir planifié de nouvelles activités extra professionnelles pour ne pas se retrouver sans occupation d’un jour à l’autre.

Une fois les enjeux légaux, fiscaux et financiers résolus, il reste la dimension émotionnelle à affronter. 

Peu mesurable, encore moins prévisible, chaque individu réagit différemment à ce stade. Si l’entrepreneur néglige cette étape, la transmission peut prendre plus de temps ou, dans le pire scénario, faire échouer une transaction. Il est donc capital de s’entourer assez tôt dans le processus de vente d’un coach professionnel afin d’anticiper ses émotions qui peuvent se répercuter sur son entourage, sa famille tout comme sur l’entreprise.

*Administrateur-président PME-Successions.ch






 
 

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