Financiarisation ou comptabiliarisation?

mercredi, 31.01.2018

Christian Pire*

Selon l’Observatoire de la Finance: «Le processus de financiarisation résulte de la montée en puissance de pratiques, de techniques et aussi de représentations et de valeurs inspirées par la finance». 

«Valeurs inspirées par la finance» et non valeurs financières, tout est dit.

Le processus de financiarisation est un processus de comptabiliarisation**. L’outil de comptabiliarisation, qui transforme les réalités financières en «valeurs inspirées par la finance», est la règle comptable mark-to-market.

L’Observatoire de la Finance rajoute «cette mutation transforme l’économie et la société contemporaines en les organisant autour d’une nouvelle cohérence articulée sur l’efficacité financière et sur une vision du temps linéaire spécifique à la finance.» 

L’efficacité financière

Seul problème, l’efficacité financière évoquée, étant perturbée par la «comptabiliarisation», n’est pas plus crédible que la «vision du temps linéaire spécifique à la finance». 

Comment continuer d’imaginer une cohérence «linéaire» en pleine époque de révolutions sociologiques  (ouverture des marchés, volatilité des paradigmes humains et financiers décisionnels etc.), économiques (révolutions technologiques etc.), politiques (géopolitique instable...) et financières (dérives des marchés dérivés, nouvelles «monnaies», trading haute fréquence...)? 

Une juste information

Malgré les enseignements des crises répétitives, comment et pourquoi persister à croire que le cours de fermeture des Bourses sans pondération par la faiblesse des volumes échangés reste une base professionnelle de valorisation pour tous les titres? Même le juridique ne couvre pas cela. 

Sortir des dogmatismes de pensée actuels 

La régulation des marchés financiers ne se fera que par l’analyse et la mise place d’une juste information financière pondérée par les volumes échangés. Information boursière qui, dans sa version actuelle non pondérée, sert de support aux multiples opérations «dérivées» mettant sous tutelle la viabilité de l’ensemble des titres lors des crises boursières systémiques.

La logique financière est simple. Des vendeurs et des acheteurs qui s’échangent des volumes de titres financiers à un prix négocié pour ces volumes. 

Sans aucune intervention de «comptabiliarisation» ou crises extérieures systémiques, les conséquences de la spéculation sur un volume de titres ne peuvent s’étendre en risque systémique.

Quel autre marché professionnel assimile systématiquement le gain ou la perte d’une minorité non-représentative à tous? Il faut sortir des dogmatismes de pensée actuels qui relèvent du seul «Café du commerce». 

Nous, financiers, devons impérativement évoluer vers la rigueur des percepts relevant des sciences physiques en remplacement des dérives mathématiques de la comptabiliarisation. Et vous, qu’en pensez-vous?

**Comptabiliarisation: Terme que j’ai inventé pour qualifier les excès dans l’utilisation directe ou indirecte de la comptabilité. Excès appelés à tort «financiarisation».

*www.socioecopofi.com 






 
 

AGEFI



 
...